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Ce premier polar emmène Harry Hole en Australie, avec moult informations sur l'histoire du pays et la culture aborigène : dépaysement garanti ! Ce roman annonçait déjà l'habilité et la rigueur des suivants, tant dans l'écriture que dans le montage de l'intrigue… Jo Nesbø, auteur norvégien talentueux et plein de ressources, use de chacun de ses romans pour immerger le lecteur dans une culture ou dans une époque, en tenant compte des méthodes modernes d'investigation comme ici en Australie, où téléphones portables et statistiques sont très utiles pour un pays aussi étendu. L'auteur peut aussi de prévaloir de quelques images somptueuses : « les nuages avaient de nouveau disparu, et quelqu'un avait enfoncé à plusieurs reprises une fourchette dans le ciel de velours, pour que la divine lumière puisse passer à travers les trous (p.131) ».
Mise à jour d'Harry Hole
On retrouvera cet inspecteur dans Rouge-Gorge et Rue sans souci. Dans ce premier titre publié par Gaïa ( désormais disponible en Folio ), ses confessions sur sa vie à Birgitta, jeune suédoise dont il tombe amoureux, éclairent le lecteur sur certains points comme son problème à l'alcool, les raisons de son abstinence postérieure, et l'aide de son entourage et de sa hiérarchie lors d'événements exceptionnels : « j'ai eu droit aux éloges en bonne et due forme de la part du directeur général de la police, parce que j'avais été grièvement blessé dans l'exercice de mes fonctions. Alors, je me suis puni moi-même, à la place. Je me suis donné la pire punition imaginable : j'ai décidé de continuer à vivre, et d'arrêter de picoler (p.122) ».
Il dévoile aussi son amour de jeunesse pour Kristin, qui aurait pu durer toute la vie si elle ne l'avait pas quitté pour un autre. Il avait bien essayé de la retenir : « et les dernières 24 heures, est-ce que ce n'est pas une raison suffisante ? avait-il demandé. Et s'ils découvrent demain que tu as une tumeur au sein, à quoi ça aura servi ? Si tu les as, ta baraque, tes gamins, un cocard et que tu espères que ton mari sera endormi au moment d'aller te coucher, à quoi ça aura servi ? Est-ce que tu es sûre d'arriver au bonheur, avec ton super plan d'avenir ? (p.235) ».
Andrew Kensington : du copié collé
Ce collègue, qui l'accueille et seconde dans son enquête en Australie, a le même amour du travail bien fait, le même sens de l'humour et de l'autodérision. Alors qu'ils discutent de l'intuition et de ce que peut enregistrer l'inconscient et restituer quand on s'y attend le moins, Andrew rétorque à Harry : « prends la voûte céleste. Celle que tu vois quand tu es en Norvège est exactement la même que celle que tu vois en Australie. Mais parce que tu es aux antipodes, tu as la tête en bas par rapport à chez toi, n'est-ce pas ? Et donc, toutes les constellations sont renversées. Si tu n'as pas conscience d'avoir la tête en bas, tu ne t'y retrouves plus et tu fais des erreurs (p.130) ».
Andrew est d'une aide irremplaçable, il fait découvrir à Harry le monde interlope de Sydney, l'aide à retrouver les lieux fréquentés par la victime et à contacter les témoins : son dealer qui l'a peut-être tuée, la prostituée et le clochard qui tentent d'oublier certains indices, et un clown homosexuel qui chaque soir dans un numéro extraordinaire de cirque se fait guillotiner…
The lucky country Parallèlement, Harry découvre comment les Aborigènes furent victimes de terribles injustices, et comment racisme et discrimination perdurèrent jusque tard au XXe siècle puisqu'ils n'obtinrent le droit de vote qu'en 1967… Les Britanniques instaurèrent le concept de terra nullius, ou l'art de dépouiller les peuple de leurs terres, sous prétexte que les coutumes ancestrales des Aborigènes en faisaient un peuple semi-nomade vivant de cueillette, et que par conséquent les terrains seraient mieux exploités par les Anglais…
De fait, en plantant son décor en Australie, Jo Nesbø en a profité pour en détailler certaines facettes. Ainsi le pays est pour moitié peuplé par les descendants des 160 000 premiers bagnards. Et Andrew, qui est d'ascendance aborigène, révèle quelques aspects de sa position sociale : « les Australiens se dédouanent en affichant de l'art aborigène sur les murs de leurs maisons. En revanche, les Aborigènes sont bien représentés parmi les bénéficiaires d'aides sociales, dans les statistiques de suicides et les prisons. Si tu es Aborigène, la probabilité pour que tu te retrouves en prison est vingt-six fois plus importante que pour un Australien lamba (p.22) ».
Mieux, quelques légendes dévoilent certains pans de l'histoire et de la culture aborigène : 750 000 indigènes isolés pendant 40 000 ans, répartis en 700 tribus et parlant plus de 250 dialectes et langues différente, la mort symbolisée par Narhahdarn la chauve-souris, Bubbur le grand serpent brun et jaune, Mungoongali le chef suprême des guanas, Ouyouboolooey le petit serpent intrépide, Jabiru la cigogne et son beau-père l'émeu, sans oublier le Grand Revenant, et les épreuves imposées aux femmes aborigènes avant de pouvoir se marier… Norah GUENEAU © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°19 : 01.V.05 * * *
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