|
|
 | IZRAELEWICZ Erik | | Quand la Chine change le Monde | | | [27] Grasset
| |
297 pages - 18 € ISBN 10: 2-246-65821-7
| |
| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
|
Un exposé, clair et structuré, de l'émergence phénoménale de la Chine comme grande puissance économique et culturelle, suite à l'engagement dans le pragmatisme de Deng Xiaoping depuis 1978, processus qui aujourd'hui commence à bouleverser le monde… La Chine contemporaine
Il s'agit, pour l'essentiel, d'une révolution industrielle analogue à celles que connurent jadis l'Angleterre, la France, et d'autres nations. Mais plusieurs facteurs font de cette mutation un processus qui commence à bouleverser la planète. L'ouvrage passe en revue les principaux d'entre eux, selon six angles de vue successifs : gigantisme, ouverture, relations extérieures, besoins, efficacité et progression.
Cela offre au lecteur un exemple pour comprendre le premier dispositif permettant à chacun d'accéder simultanément aux chaussettes de David Ricardo et à la bouteille de Joseph Schumpeter. Ces deux célèbres économistes, des XIXe et XXe siècles respectivement, ont décrit les principes de destruction créatrice et avantage comparatif, qui induisent une attitude optimiste selon laquelle la croissance prodigieuse de la Chine est profitable à tous les acteurs : Schumpeter pense que plus les Martiens produiront des chaussettes, plus les Vénusiens pourront leur vendre des équipements pour leurs usines de chaussettes. Ricardo opine que si le vin vénusien est le meilleur, et les restaurants martiens capables d'offrir de bons repas à un prix abordable, alors un étudiant devrait fréquenter les restaurants martiens et y boire du vin vénusien. C'est une version des cas d'écoles de tout étudiant en première année d'économie.
Mais cela n'est que le versant positif de cette mutation chinoise. En effet, on pourrait aussi bien s'alarmer et prévoir la destruction, ou du moins l'appauvrissement, du monde par la Chine. C'est dans ce difficile contexte que les six axes analytiques retenus par Erik Izraelewicz sont utiles et pertinents. Un Géant de la démesure
Le facteur quantitatif est introduit via des images saisissantes : par exemple, pour loger ses nouveaux citadins, la Chine construit chaque mois l'équivalent de la ville de Paris ! Et c'est sans parler des millions de kilomètres d'infrastructure routière, des vingt-six millions de licenciements pour assainir le secteur public, ou des quatre mille immenses tours de Shanghai. Ce qu'on appelait l'Empire du Milieu est aujourd'hui devenu l'Empire de la Démesure, grâce à sa grande ouverture aux autres cultures depuis 1978. En effet, de 1949 ( date de fondation de la RPC ) à 1978 ( Deng Xiaoping accède au pouvoir ), l'autarcie avait été la règle. Cela enseigna durablement aux Chinois que l'autarcie était à proscrire.
L'ouverture étant désormais la règle, Beijing avait l'immense avantage de pouvoir s'appuyer sur Singapour, Taiwan et le reste de la diaspora, une ouverture qui ne concernait pas seulement la Chine vers les autres nations, mais surtout la Chine vers les autres Chines qui interagissent depuis longtemps avec lesdites autres nations… Et la principale est les Etats-Unis, où la Chine est particulièrement favorisée. Par exemple, la triade salarié-actionnaire-client y été résolue en privilégiant le client : le géant de la distribution Wal-Mart s'adosse ainsi à plus de 50% à des fournisseurs chinois : leurs salariés revendiquent peu d'augmentations et les actionnaires sont très 'compréhensifs'. Le client est bien la pièce maîtresse d'un tel dispositif.
Face à cette efficacité souvent réaffirmée, notons que depuis l'Antiquité, éducation et sens du compromis sont transmis et renforcés d'une génération à l'autre : depuis 4000 ans en Chine, à comparer avec les quelque 1000 pour la France et 250 pour les Etats-Unis… L'émergence d'une économie forte n'est donc pas pour la Chine un bouleversement. L'excellence y reste présente au quotidien, en période faste ou non, dans les petites choses comme dans les grandes, au jardin potager comme au salon.
Questionnements
Est-ce donc l'annonce d'une totale dépendance de notre monde envers le monde chinois ? Non, puisque la Chine a d'énormes besoins énergétiques et alimentaires. Dans ce dernier secteur, l'équation se caractérise par deux paramètres : 20% de la population mondiale sur 7% des terres exploitables. Et concernant le charbon, le nucléaire et les énergies renouvelables, tout reste à faire, toujours dans la démesure comme l'illustre le barrage des Trois Gorges…
Les changements, aussi radicaux soient-ils, sont potentiellement maîtrisés. Les avenues pékinoises, jadis de vastes pistes cyclables, sans être encore des voies de circulation automobile, sont déjà devenues un lieu d'affrontement entre citoyens à deux roues et à quatre roues, au détriment des premiers naturellement. Le maire de Beijing affirme que ces conflits seront apaisés d'ici 2008, et que les citadins parleront anglais pour accueillir le public des Jeux Olympiques.
Au delà des effets de propagande hérités de l'Ancien Régime, il convient de saluer cette volonté de progrès, permanent et soutenu. En sinologue averti, Erik Izraelewicz a su en capter l'essentiel et l'assortir d'une juste note critique lorsque c'est pertinent, avec des repères bibliographiques adéquats. Son ouvrage est un modèle de synthèse instructive et plaisante à consulter…
Jean-Baptiste BERTHELIN © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°23 : 01.XI.05 * * *
|
|
|