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Pagination > 450 p.
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Roman original dans l'œuvre de cette double plume, plus portée sur les manipulations et le suspens angoissant… Ici, on rie de l'aventure du condamné à mort qui finalement s'évade par petits bouts ! Idéal pour découvrir le style concis des auteurs sans se faire peur… Les auteurs
Bien que disparus, Pierre Boileau et Thomas Narcejac ont écrit et légué une œuvre qui fait date dans l'histoire du roman policier. Ils ont mis en scène toute la gamme des plus mauvais sentiments humains : vengeance, jalousie, envie, orgueil, soit l'éventail des péchés capitaux. Ils ont ainsi promené le lecteur dans l'angoisse de pièges diaboliques, et abusé des victimes par les diverses et ingénieuses constructions de leurs romans.
Auteurs de contes, nouvelles, romans pour la jeunesse et essais sur la littérature policière, leurs livres ont souvent inspiré les cinéastes : Celle qui n'était plus ( Les Diaboliques de Henri-Georges Clouzot ), Les Louves ( Louis Saslawski ), Maldonne ( Sergio Gobbi ), D'entre les morts ( Sueurs froides d'Alfred Hitchkock ), A coeur perdu ( Meurtre en 45 tours d'Etienne Perrier ), Les Magiciennes ( Serge Friedman ), Maléfices ( Henri Decoin ), Les visages de l'ombre ( David Easy ), etc.
…Et mon tout est un homme
Mais ce roman n'est pas représentatif de leur œuvre, comme le précise l'exergue au début : « le récit qu'on va lire est authentique. C'est pourquoi le narrateur, par prudence, a cru bon de modifier tous les noms. Si quelqu'un croyait se reconnaître, en tel ou tel personnage, il revendiquerait par là même une part de responsabilité dans cette étrange histoire »… Cette histoire légère est excellente pour débuter la lecture de policière, différente des romans noirs et témoin des idées débridées qui peuvent surgir dans cette littérature. Une de mes amies le range avec beaucoup d'humour parmi les « poilars »…
René Myrtil, 28 ans, condamné à mort, a fait son mea culpa et décidé de servir la science : « j'ai rencontré, sur ordre, son aumônier, un bien digne homme. D'après lui, Myrtil s'est véritablement converti… A partir du jour où il a été soustrait à l'influence de sa maîtresse, une certaine Régine, qui est toujours incarcérée à la Petite Roquette, il s'est transformé (p.17) ». Rappelons qu'à l'époque, les tentatives n'avaient lieu encore que sur des chiens. Garric, le narrateur, est en 1965 fonctionnaire auprès du Préfet de Police de Paris. Celui-ci le convoque, car à l'exécution de Myrtil, on prévoit dans le plus grand secret de tenter de greffer chaque partie de son corps sur de graves blessés de la route…
Le 'clou' de l'expérience est la greffe de la tête, ce qui tombe bien : la guillotine doit fonctionner un week-end où la gendarmerie nationale attend plus de deux cents morts sur les routes… Le chirurgien est un 'savant fou', caricatural : « Anton Marek était plus petit et plus vieux que je ne l'avais imaginé. Un tic lui faisait battre une paupière et sa joue s'agitait sans cesse, comme la peau d'un cheval sous la piqûre des mouches. Il avait des yeux jaunes, ardents, qui vous regardaient avec une insistance gênante, peut-être parce qu'il s'exprimait mal en français, et craignait de n'être pas compris (p.29) »…
Les Greffés
Le jour de l'exécution, Garric doit sélectionner les receveurs ( pas trop vieux, en assez bonne santé ) et tenter d'obtenir de leurs proches, quand ils existent, l'autorisation de leur greffer la partie irrécupérable du corps suite à de leur accident.
L'Abbé Leviret reçoit ainsi le bras droit orné d'un cœur tatoué et percé d'une flèche au nom de Lulu ! Francis Jumauge, qui bénéficie du ventre et des organes sexuels, se découvre un nouvel appétit prêt à consommer… Olivier Gaubert, peintre droitier, hérite du bras gauche qui change son style et lui apporte succès et célébrité. Etienne Eramble, greffé de la jambe droite, entend épouser Simone Gallart qui a hérité de la jambe gauche. Roger Mousseron, étudiant et musicien à ses heures, se découvre un coffre nouveau pour jouer du saxophone : il a reçu le cœur et les poumons du condamné. Enfin, Albert Nérisse, employé de banque, fait une drôle de tête en découvrant la sienne dans le miroir après l'opération. Une chose est de la connaître pour l'avoir vue circuler sur les avis d'informations internes, une autre est de la porter…
Comme ce roman date un peu, on dévoilera exceptionnellement la fin : Myrtil, avec la complicité de Marek, a ainsi organisé sa fugue : il récupère auprès des greffés, les uns après les autres, les différentes parties de son corps d'origine… C'est ce que découvre Garric qui, faisant un rapport circonstancié, se retrouve muté aux Antilles, alors que le fameux chirurgien obtient le prix Nobel de biologie… De nos jours, les opérations de greffe se traitent relativement bien : dernièrement, deux mains en même temps sur un homme qui en a retrouvé toute sa sensibilité… Mais nous sommes encore loin d'une greffe de tête, d'autant que ce concept est un non sens, on ne peut pas greffer une tête, à la rigueur, et en toute rigueur, un corps entier à une tête… Norah GUENEAU © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°19 : 01.V.05 * * *
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