|
|
 | ALCOTT Louisa May | | Derrière le Masque | | ou Le pouvoir d'une femme | Titre original : Behind the Mask or A woman's power | [15] Interférences
| |
215 pages - 20 € ISBN 10: 2-909589-06-4
| |
| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
|
Inédit en France et publié en secret par l'auteur (1832-1888) des Quatre Filles du Docteur March, ce roman dévoile sa prédilection inconnue pour les secrets de famille, la vengeance et le pouvoir. Car lorsque Jean Muir entre en scène, ce n'est que pour mieux duper son monde… Louisa et son double
On ignorait jusqu'au milieu du XXe siècle que la romancière américaine, mondialement connue pour ses célèbres Quatre Filles du Docteur March (1868) et titres pour la jeunesse, avait publié en secret une série de livres 'à sensation', anonymement ou sous le pseudonyme de A. M. Barnard. Mais grâce aux recherches universitaires du Dr. Leona Rostenberg et Madeleine B. Stern, le public anglo-saxon les découvrit dans les années 1970. Trois d'entres eux, inédits en français, sont aujourd'hui publiés aux Editions Interférences : Derrière le Masque (1866), Secrets de Famille (1865), et Les Yeux de Lady Macbeth (1863) ; les deux derniers seront très prochainement chroniqués sur ArtsLivres.
A l'image de Jean Muir, l'héroïne de Derrière le Masque, l'écrivain mena une double vie pour assouvir son « ambition naturelle » littéraire, qui la portait vers des histoires plus sombres, où complots, secrets et rebondissements maintiennent un suspense savamment construit.
Histoire d'une imposture
Les Coventry, aristocrates anglais, attendent l'arrivée de la nouvelle gouvernante Mlle Muir. Mme Coventry mère, « de santé débile et d'humeur atrabilaire (p.13) », a deux fils : Gerald et Edward, différents de caractère comme de tempérament. L'aîné et héritier de la fortune familiale, paresseux et arrogant, « se laisse vénérer comme l'idole inanimée qu'il est (p.200) ». Son jeune frère, gauche et empressé, est surnommé « Ned au grand cœur (p.16) ». Bella, leur sœur cadette, est une enfant aimante et ingénue à l'opposé de sa cousine Lucia Beaufort, hautaine et froide comme un « iceberg », mais amoureuse du cousin Gerald à qui elle est promise. L'oncle sir John Coventry, homme bon, généreux et d'une « une courtoisie surannée (p.34) », clôt ce tableau où règne l'ennui…
Jean Muir, jeune fille de dix-neuf ans, belle et timide, est d'abord accueillie avec méfiance. Mais son intelligence et sa vivacité gagnent peu à peu tous les cœurs… ou presque. Gerald est intrigué au point de remettre son départ, alors que Lucia y voit une rivale. Sages pressentiments, car lorsque la gouvernante se retrouve seule dans sa chambre, le masque tombe : « elle dénoua et ôta les longues et abondantes tresses qui lui entouraient la tête, essuya le rose de ses joues, retira plusieurs dents de perles et enleva sa robe ; elle apparut alors telle qu'elle était, en effet ; une femme d'au moins trente ans, décharnée, usée, ténébreuse (p.30) »…
Un roman à suspense
Tromperie et manipulation sont les thèmes forts de ce livre, écrit à la manière d'une pièce de théâtre : Jean Muir joue « Madame Tartuffe » avec subtilité et conviction. Par soif de vengeance, elle utilise et abat ses cartes une à une, avec intelligence et stratégie. Même si son forfait est détestable, on ne peut qu'être admiratif devant son habilité à manœuvrer la famille.
Bien plus que la duperie, le livre révèle aussi la véritable nature de chaque personnage, ce qui rapproche l'auteur de l'anglaise Jane Austen ( 1775-1817 ), qui avait en son temps également publié ses quatre premiers romans anonymement. L'intrigue ici est bien construite, l'écriture soignée, et les indices savamment distillés. Le suspense est tenu jusqu'au coup de théâtre final. L'histoire de cette femme forte et volontaire qui entend user du pouvoir alors réservé aux hommes pour parvenir à ses fins, réjouira les amateurs du genre et le lectorat féminin. Les plus exigeants préfèreront sans doute les romans plus fournis de sa contemporaine Edith Wharton (1862-1937), qui excella à dépeindre avec justesse, subtilité et force détails, le pouvoir de manipulation dans l'aristocratie new-yorkaise ( Le Temps de l'Innocence ) et l'ascension sociale de femmes sans scrupules comme dans Les beaux Mariages.
Enfin, le soin apporté au façonnage du livre, l'élégante gravure de couverture à rabats et l'impression du texte sur papier ivoire en font un bien bel objet…
© 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°13 : 11.XII.04 * * *
|
|
|