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 | PERISSINOTTO Alessandro | | Train 8017 | | Titre original : Treno 8017 | [3] Fosse aux Ours (La)
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218 pages - 17 € ISBN 10: 2-912042-65-8
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Dans l'Italie meurtrie de l'après dernière guerre, Adelmo enquête sur les meurtres de cheminots. Et contrairement à la tradition dans le polar, l'ouvrage est magnifique : papier beige et épais, couverture originale d'après une affiche de Pierre Fix-Masseau… Un plaisir ! Turin, 1946 : inspecteur de la Police ferroviaire jusqu'à la libération de son pays, Adelmo Baudino est révoqué, injustement accusé de collaboration fasciste… Pour survivre, il se retrouve donc à cinquante ans à gâcher du ciment sur les chantiers de reconstruction de Turin, sa ville natale… Mais il y a aussi sa mère, qui « ne s'habituait pas à le voir rentrer d'une journée de travail les vêtements salis par la chaux et les cheveux qui paraissaient avoir blanchi d'un seul coup, la figure maculée d'un mélange de terre et de sueur, les mains couvertes de plaies. Cette main qui tenait avec sûreté une plume sur la photo accrochée dans la cuisine, où son fils figurait dans sa nouvelle fonction d'inspecteur de première classe : costume noir, col raide, nœud papillon, les cheveux coiffés en arrière, les moustaches en guidon bien entretenues, le regard absorbé et rieur à la fois et ces mains délicates, encore plus blanches si c'est possible que les longs poignets de chemise d'où elles dépassaient. Mais c'était en d'autres temps, lorsqu'on mangeait de la viande chaque jour de fête et qu'on ne se serrait pas la ceinture avec sa pauvre pension de veuve de la Grande Guerre. C'était du temps où son fils rentrait du travail beau comme un marié et non pas dégoûtant comme un vagabond à la soupe populaire (pp.15-16) »…
Ses seuls divertissements étaient désormais la lecture des faits divers et le dîner hebdomadaire avec Berto, son meilleur ami, bien plus argenté. C'est ainsi qu'il découvre les assassinats de deux cheminots, dont un ancien collègue qui aurait pu témoigner de sa bonne moralité et l'aider à sa réhabilitation… Alors, Adelmo, encouragé par Berto qui finance ses déplacements, part interroger les familles des victimes, fait des recoupements mais n'arrive juste que pour constater de nouveaux meurtres : « quelle belle expression ! Lieux-du-crime : à la lire dans le journal, elle résonnait dans votre tête comme un seul mot au ton technique, bureaucratique, dénué de nuances et d'émotions. Mais, être sur place, c'était différent, poser les pieds à l'endroit même où l'on avait tranché le foie à quelqu'un d'autre, c'était différent, être là, devant ce sang qui tachait le plâtre, c'était tout autre chose. Or c'était étrange, car au maquis, là-haut, ils en avaient vu, des morts coupés en deux par les mitrailleuses allemandes ; mais là, vraiment, c'était différent (p.57) »…
En les élucidant, il espère qu'on reconnaîtra son savoir-faire et, qui sait, qu'on le réintégrera dans son ancienne profession. Il parvient ainsi à relier ces meurtres en série à une catastrophe ferroviaire de mars 1944, inspiré du drame réel au tunnel des Armes, et il s'interroge : « c'était le poids des morts qui le troublait en ce moment, le poids différent des morts. En 44, on mourait pour un tas de raisons ; on mourait dans des camps de concentration, on mourait à cause d'une balle allemande, à cause d'une bombe alliée, on mourait pendu par les Républicains, et toutes ces façons de mourir avaient une valeur différente (p.120) ». Mais pour lui, la loi du Talion est inutile : « mais, au fond, la vengeance ne réclame que des justifications minimes, elle ne réclame qu'un prétexte quelconque pour se déchaîner. La vengeance ne punit pas les vrais coupables, la vengeance ne punit personne, elle apaise la douleur de quelqu'un et verse du sel sur les plaies des autres. Trente Italiens pour chaque Allemand, dix ou vingt partisans pour chaque Républicain, ce n'est pas de la stratégie, ni de la dissuasion, c'est de la rage, de la rage insensée (p.165) »…
Arrière-fond historique
La chute de Mussolini en septembre 1943 et le débarquement allié marquent la fin d'une période troublée en Italie. L'auteur montre bien comment les libérateurs étaient intéressés et que le peuple italien n'était pas dupe : « on ne pouvait pas dire du mal des Américains. Vingt-trois années de censure, et voilà que l'histoire se répétait : gare à qui contredisait les Américains, le monde était à eux maintenant, et c'était un monde qui ne lui plaisait pas, peut-être que le monde de Staline était meilleur, mais en ce dernier non plus il n'avait guère confiance (p.166) »… En fait, est-ce en raison de l'interventionnisme américain des ces dernières années, mais l'auteur met les propos suivants dans la bouche de son protagoniste déjà à l'époque : « - je pense surtout que quand les Américains interviennent quelque part, il n'en ressort rien, bon ou mauvais. - Je le pense moi aussi ; j'ai à l'idée que, dans les années à venir, on verra de belles saloperies (p.182) »…
Le texte, émaillé de mots italiens, atténue un peu l'ambiance lourde de cette période, où croissait la méfiance entre compatriotes ; et entendre cette langue chantante à travers le récit transporte le lecteur dans ce pays aujourd'hui si évocateur de vacances… Alessandro Perissinotto figure ainsi la variété des paysages italiens, de Turin à Bergame, en passant par Naples, le tout avec force descriptions détaillées et imagées : « Adelmo s'arrêta devant un étal qui vendait du poisson et resta comme charmé devant les formes prodigieuses de ces animaux agonisants qui frétillaient de temps à autre : loups, dorades, petits anchois, grosses tranches de thon, calamars, poulpes et seiches avec leurs tentacules retournées sur le corps. Encore vivantes dans les grandes cuvettes en zinc, moules et patelles envoyaient des signaux de bulles d'air, tandis que les escargots de mer tentaient de timides sorties de leur coquille. Mais encore le rose intense des homards et les transparences d'autres crustacés qu'il ne connaissait pas. (p.84) »…
Et un peu plus loin, il poursuit : « ces palais avaient des entrées avec des voûtes qui rappelaient des nefs de cathédrales et des portails immenses, sculptés par des mains d'artistes et creusés par le travail incessant des vers, qui n'avaient plus été fermés depuis allez savoir quand, les gonds avaient rouillé au point de se souder. Et il y avait des escaliers incroyables. Les volées, courbées en arches molles, étaient des voiles de galions, les paliers des hunes et les balustrades des vergues et des antennes. Il n'avait jamais vu des escaliers aussi élégants et aériens que ceux qui s'élevaient au fond des cours. (pp.92-93) ». Norah GUENEAU © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°19 : 01.V.05 * * *
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