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 | CHRETIEN DE TROYES | | Perceval, et continuation... | | | | | |
0 pages - ISBN 10:
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
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Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
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Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
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Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Par ses aventures, le relief de ses personnages et sa dimension religieuse, Perceval est l'exemple même des écrits de la France médiévale, quand les histoires étaient inspirées des légendes et la morale du christianisme… La première version de Perceval, roman du cycle breton de Chrétien de Troyes ( 1130-1195 ) qui compte environ 45 000 octosyllabes à rimes plates, est un long poème inachevé de chevalerie. Mais l'histoire de ce livre ne s'est pas arrêtée là : rédigé en prose sous le même titre, il fut continué après la mort de son auteur par différents écrivains du XIIIe siècle : Vauchier de Denain, Manessier, Gilbert de Montreuil, et un poète anonyme.
De la légende au roman
L'histoire de Perceval serait celle, si moderne, d'un enfant unique élevé par une mère célibataire. Après la mort de son père et de ses frères, tués lors d'un tournoi, Perceval est emmené par sa mère dans une épaisse forêt pour échapper aux lois corruptrices et à la connaissance de la chevalerie qui décima sa famille. Dans ce Moyen-Âge dominé par la vulgate catholique, l'idée aristotélicienne de l'homme au centre de la nature semble resurgir dans ce roman qui annonce la théorie de l'homme naturellement bon, chère au Rousseau des Lumières.
Comme la chute chrétienne de l'Homme quittant le jardin d'Eden, Perceval abandonne sa mère et la Nature nourricière après sa rencontre de chevaliers dont l'équipage et les armes l'éblouissent. Alors que le héros se rend à la cour du roi Arthur, empli des recommandations de sa mère, celle-ci cède à son désespoir et meurt : la messagère, ayant rempli son devoir, ne peut s'opposer au destin qui lui ravi son dernier fils.
Vêtu en bûcheron, Perceval parvient au château du roi Peschierres : c'est là que le jeune homme se transforme en héros mythique, pris entre sa mission et ses tourments intérieurs. Fait chevalier à suite d'un duel et objet de l'amour de Blanchefleur qu'il a sauvée de mains ennemies, Perceval ne songe plus qu'à revoir sa mère, sa source et allégorie de sa propre nature, qu'il croit toujours en vie. Commence alors le cycle de ses aventures.
à la recherche d'une destinée
Guidé par le roi Peschierres, le héros assiste dans un mystérieux château à la procession du Graal, et voit ainsi le vase sacré dans lequel Joseph d'Arimathie a recueilli le sang du Christ agonisant. Ignorant encore sa destinée, Perceval n'ose approfondir ce qu'il voit : le jour suivant, tout a disparu et le jeune homme doit reprendre son voyage. Parce qu'il n'y décèle pas aussitôt un signe annonciateur, la procession mythique du Graal disparaît de l'esprit de Perceval : Chrétien de Troyes mêle ainsi la figure légendaire des augures au thème chrétien du Graal.
La deuxième partie du roman se focalise sur les aventures du chevalier Gauvain, mais elle est surtout le moment où Perceval reçoit la révélation de sa mission. En confession avec un ermite, frère du roi Pêcheur, il est alors incité à remplir ses devoirs religieux. à cet endroit s'achève l'œuvre de Chrétien de Troyes, qui laissait matière à un infini de suites possibles quant au destin du héros au cœur pur… Dans les Continuations, Perceval est reconduit dans le mystérieux château où il assiste à nouveau à la procession du Graal, répétition d'une réalité que l'esprit du héros avait d'abord refusée, mais qui trouve sens maintenant qu'il connaît son rôle missionnaire. Suivent le mariage de Perceval à Blanchefleur et la rupture de l'enchantement du Graal, lorsque le héros pose certaines questions sur le vase sacré…
Le Graal : la destinée intérieure trouvée
Alors que le roman de Chrétien de Troyes mettait en scène peu de personnages et visait à insister sur le message, les suites font intervenir moult étrangers à l'histoire et transforment le roman en épopée quasi-picaresque. L'idée directrice est cependant maintenue avec l'héroïsme nécessaire à la Chevalerie, symbolisée par la quête du Graal. C'est grâce au caractère sacré qu'il conférait à la Chevalerie que le roman Perceval connut un vrai succès. Le Graal y resplendit non plus seulement comme objet miraculeux mais devient symbole de vie intérieure et d'un renoncement exigeant.
Le thème du héros au cœur pur, loin du monde réel, se trouvait déjà dans les légendes celtiques. Mais Chrétien de Troyes le traite avec sensibilité, érigeant la simplicité d'esprit en fondement de l'intégrité chevaleresque. Ainsi peut-on voir dans Perceval les prémisses du roman de formation ( Bildungsroman, le concept étant allemand à l'origine ), si populaire au XIXe siècle.
Postérité d'un livre
L'équivalent allemand Parzival, de Wolfram von Eschenbach, est un poème composé entre 1200 et 1216, plus sérieux, expression la plus forte qu'inspira la Chevalerie en Allemagne. Mais celui-ci s'oppose à toute forme d'évasion : l'âme s'appréhende dans la dichotomie du Bien et du Mal, et dans la responsabilité devant Dieu. à l'inverse, Chrétien de Troyes, interprétant la légende dans un sens méditatif, avait donné une œuvre personnelle emplie de poésie : le récit était conduit un peu au hasard de l'imagination, d'abord guidée par le plaisir du conteur.
Au XIXe siècle, plus exactement le 26 juillet 1882 à Bayreuth, Parsifal devint le héros de l'opéra de Wagner, à la destinée grandissime. La légende médiévale y est modifiée moins dans le déroulement des faits que dans l'interprétation et le relief des personnages : pour obéir à la nécessité dramatique, Wagner souligna avec force la présence du péché et la nécessité de le vivre. C'est après avoir vécu le péché que Parsifal reçoit la rédemption ; le sacré apparaît à la dernière scène, dans la cérémonie du Graal.
Œuvre poursuivie, transposée, démultipliée, le roman de Chrétien de Troyes conserve une dimension grandiose, fondatrice des romans modernes, entre épopée antique et récit picaresque... Olivier STROH © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°9 : 01.X.04 * * *
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