|
|
 | AUBERT Brigitte | | Le Chant des Sables | | | [33] Seuil (Le)
| |
341 pages - 19 € ISBN 10: 2-02-067947-7
| |
| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
|
Un pastiche abracadabrant du roman d'aventures, avec un humour potache, une succession de parodies délirantes et farfelues, mais toujours l'écriture impeccable que l'on connaît de l'auteur de Transfixions et du Couturier de la Mort. En entamant ce roman de Brigitte Aubert, je m'attendais à plonger dans son univers sombre, peuplé de personnages bien plantés comme dans Les Quatre Fils de Dr March. J'anticipais une énigme complexe du style Le Couturier de la Mort ou de Descente d'organes, dans laquelle l'auteur mêle humour noir et descriptions macabres pour mieux plonger le lecteur dans les affres de l'abomination d'un Funérarium… Seule certitude : la quatrième de couverture indiquait bien que ce n'était pas une nouvelle enquête d'Elise Andrioli, tétraplégique, aveugle et muette ( pour plus de compléments, cf. le point III de l'article Le Roman Policier Actuel ).
L'INTRIGUE : Indiana Jones
Roman, 52 ans, dirige une expédition d'une dizaine de membres sur les traces de la route du bronze en Asie centrale… Lors d'un arrêt en pleine tempête de sable, ils découvrent des pierres régulièrement entaillées : au mépris de toute déontologie, ils ne se limitent pas à un relevé, et en emportent une.
Dès lors, les dieux semblent piquer une grosse colère : on tire sur la troupe en plein désert iranien, blessant légèrement Tatiana, une blonde sculpturale et ancienne major de l'Institut militaire russe ; deux pneus d'un véhicule sont crevés… avec leurs propres clous ; des gardiens de la Révolution armés jusqu'aux dents et portant montres Patek-Philippe contrefaites vérifient leurs identités ; le village où ils s'arrêtent le soir a été complètement décimé avec sur la peau des victimes les mêmes caractères incisés que sur les pierres ; leurs véhicules ne redémarrent pas car du sucre a été introduit dans les réservoirs… Plus de doute, un membre de l'équipe fait du sabotage dès les premières pages…
LECTURE à deux niveaux
Brigitte Aubert n'écrit pas que romans policiers, noirs et sanglants : elle exerce aussi son talent de conteuse pour la jeunesse. Le Chant des Sables peut ainsi convenir aux amateurs de romans d'aventures hasardeuses, telles cette descente de torrents souterrains à bord d'un canot ( p.115 seq. ) ou la bataille à l'intérieur d'un hélicoptère qui en plein vol tombe en panne d'essence (p.333 et seq. ). Certains développements sont un clin d'œil aux activités des jeunes d'aujourd'hui, actuels comme dans « je suppose que le Roi a besoin de la Prophétie pour conduire le Peuple à la victoire, en tout cas c'est comme ça dans tous les romans d'héroic fantasy, acheva-t-il avec un sourire qui se moquait de lui-même (p.201) » ou virtuel comme dans « le domaine des Mages est structuré comme un jeu vidéo. Très peu de personnages atteignent le niveau trois (p.287) »…
Les descriptions, omniprésentes, sont non sans humour : 1. moqueries envers les savants et leurs éléments d'étude : « Tatiana se pencha et ramassa une poignée de ce qui ressemblait à de gros grains de poussière décolorés : - Fragments d'étamines. Ils ont été recouverts de fleurs printanières aux couleurs vives : renoncules, centaurées jaunes, muscaris bleu foncé. Et ils reposent sur un lit de rameaux d'Ephedra. Typique des sépultures du Paléolithique supérieur dans cette région (p.128) » ; 2. parodie des 'surhommes' : Vlad, un caucasien long et dégingandé, grimpe une échelle de corde sur une dizaine de mètres, avec son fusil et en portant un collègue blessé (p.130) 3. des petits génies qui malaxent l'argile en plein désert, pour enduire et guérir une blessure par balle : « il passa sa boule de terre amollie au motard, qui entreprit d'en recouvrir la blessure de d'Encausses, puis d'entourer le tout d'un morceau de son turban rapidement découpé avec un Tool Logic Survivor Fire, un couteau de survie doté d'un équipement sophistiqué comprenant un dispositif de mise à feu (pp.187-188) » : 4. et c'est sans oublier les ouïes extra-fines et les odorats sélectifs : « Néa pencha légèrement la tête sur le côté, écoutant les bruits infimes du désert. Renifla pour déceler l'éventuelle odeur d'une cigarette ou de transpiration humaine (p.316) », après avoir nagé dans les égouts, fait sécher les vêtements imprégnés la nuit et les avoir ré-endossés sans prendre de douche !
Sans se comparer à Stephen King et à Peter Straub dans Le Talisman, Brigitte Aubert fait aussi des clins d'œil au Seigneur des Anneaux comme à Edgar Poe et aux super-productions : « je sais comme l'a dit Roman, que tout cela a l'air d'un banal épisode de James Bond, avec les vilains hommes préhistoriques en guise de super méchants, mais la vie est bien souvent aussi mélodramatique que le pire navet hollywoodien. Des millions d'hommes meurent chaque année pour des raisons particulièrement stupides (p.205) ».
Il y a aussi des trouvailles comme les sirènes sopranos, des monstres carnassiers troglobies et moins charmantes que celles d'Ulysse. Mais l'auteur ramène de temps en temps à la réalité : « cette expédition devenait de plus en plus absurde, mâtinée de Marx Brothers et d'Alice au Pays des Merveilles (p.250) », terrible parfois comme ici : « il se contente d'enregistrer, en mode automatique, sans se sentir impliqué. Il ne sait pas comment réagir à ces situations inimaginables. Comment croire, quand on est, disons… un médecin éminent et respecté de tous, qu'on peut et qu'on va vous jeter dans un wagon de marchandises, massacrer votre famille, vous gazer et faire du savon avec votre dépouille ! Les chocs trop violents, les pensées inconcevables, annihilent la perception de la réalité (p.297) »… Norah GUENEAU © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°20 : 01.VI.05 * * *
|
|
|