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SERAPHIN Danièle - Un si vieil AmourSERAPHIN Danièle
Un si vieil Amour
 
[2] Complicités
 
200 pages - 17 €
ISBN 10: 2-910721-52-3
3
1 0
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explication
du barème
ArtsLivres
TexteIconographiePertinenceObjet
 Informatif/Intéressant
 Pagination > 450 p.
 Historicisant
 Universitaire
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Remarquable roman sur l'éventail des sentiments et des contrariétés de l'amour. En retrouvant les lettres de ses parents et grands-parents, Emma revit l'évolution de leurs relations, de la passion à la haine : c'est une douleur, les parents sont si jeunes et si vivants lorsqu'elle lit (p.95).

Si les romans épistolaires comme Les Liaisons Dangereuses de Laclos ont fait peu d'émules, celui-ci revient au genre de manière indirecte : les pensées d'Emma sont à chaque page émaillées de belles citations tirées des lettres de ses parents ( Paul et Marie ) et grands-parents paternels ( Lucie et Louis ), sans pour autant suivre un ordre chronologique. Sur la forme littéraire, le procédé est intéressant, d'abord parce que rare mais surtout parce que, un peu comme cette fiche de lecture, le texte principal a intimement imbriqué une deuxième histoire en italique, permettant de naviguer entre deux époques tout en étayant les impressions d'Emma.

Sur le fond, c'est un roman où les sentiments amoureux et leurs contradictions sont admirablement décrits, tant dans leur diversité que par la justesse des propos. Cela témoigne chez l'auteur autant d'un grand sens de l'observation que d'une plume assurée, peut-être servie par un fond personnel comme dans ce tendre conseil d'une mère à sa fille : « profite bien ma petite Emma, lui écrivait-elle lors de son premier accouchement, de ta délicieuse petite fille pendant qu'elle est toute petite et encore si proche de toi, du corps qui l'a formée. C'est une période sans prix que cette intimité de la mère et du nouveau-né. Je suppose que tu vas la nourrir, là aussi il y a tant de joie à savourer par la mère qui allaite. Quand le bébé rassasié du bon lait maternel ses lèvres encore humides sourit à la maman, les yeux brillent, la menotte caresse ou griffe un peu le sein maternel ; ô ce sont des minutes sans prix… Ta vie entière, Emma, sera illuminée de ces souvenirs-là (p.158) »…

A Cœur perdu

Le roman est d'abord celui de la jeunesse des parents d'Emma, qui la lit et place les passages qui se répondent. Quand son père écrit à sa fiancée : « je m'approchais de toi doucement, pour que je puisse prendre entre mes deux mains ta tête chérie, dont je contemplais un moment les traits, d'un regard à la fois timide, joyeux et douloureux. A ce moment-là, j'étais vaincu (p.34) », Marie lui dit : « vous avez élevé mon amour pour vous, écrit-il, au rang de l'idolâtrie. Je ne vous considérais plus à la fin de ce mémorable dimanche comme une femme, mais comme un ange (p.34) »…

Paul est en effet éperdument amoureux : « tu seras dans un mois, ma femme chérie, ma femme que je devrai protéger, secourir, choyer, adorer. Tout cela que je ferai avec cœur, avec amour, avec joie puisque ce sera le but de toute ma vie : te voir et te sentir heureuse mon trésor (p.183) ». Marie, de son côté, s'est laissée attendrir au point de redouter la lassitude à terme : « je voyais aussi les années lointaines, des soirs quand, un peu par fatigue, un peu par indifférence, tu me laisseras m'endormir à côté de toi toute seule dans mon coin et au souvenir des fois où j'étais blottie dans tes bras, je pleurerai doucement, bien doucement pour ne pas troubler ton sommeil à toi que j'aimerai quand même (p.53) »…

L'auteur valse ainsi élégamment entre ambiances et métaphores, comme dans une toile de Georgia O'Keefe : « elle sourit, contre son talon fait rebondir le tamis rond de sa raquette. Près de son épaule, une fleur d'hibiscus dans le trou du grillage s'offre comme un sexe géant… La sarabande des insectes dans le silence, fait la canicule absolue (p.33) ». C'est que le livre, par les visions et sentiments suscités par la lecture sait aussi, par la voix de la jeune Marie, faire l'éloge du silence : « j'écoutais le silence posséder la plaine et j'aurais voulu que tu sois là, assis dans l'herbe à mes pieds ta tête sur mes genoux. En caressant doucement tes cheveux, j'aurais écouté la plaine endormie, le battement de nos cœurs vivant encore. Quand la nature entière s'endormait au crépuscule, notre amour aurait été plus fort, plus grand, d'être seul la vie dans ce silence et ce repos. Je suis partie parce qu'il ne faut pas qu'au soir quand la nuit tombe, rester seule à rêver sur un parapet, à celui qu'on aime et qui n'est pas là (p.38) »…

Tu me fuis je te suis,
Je te fuis tu me suis…

Or là où les lettres de Paul parlent surtout d'amour à deux et du bonheur à venir, Marie est plus centrée sur elle-même mais lui dévoile volontiers ses doutes et ses craintes : « des femmes comme moi ne se donnent qu'une fois mais c'est pour la vie. Tant pis pour elles si elle tombent à faux. Si je dévoue ma vie à l'amour, comme une vestale antique à l'entretien du feu sacré, comprends-tu quelle serait ma souffrance, si un jour je m'apercevais que malgré ma vigilance, ce feu s'est éteint, ou que la flamme est moins pure, moins belle, que mon besoin d'idéalisation la concevait ? (p.177) ». De fait, elle ne sait trop sur quel pied danser : « Paul, j'ai peur, vous n'auriez pas dû m'aimer. J'ai peur d'être pour vous, un sujet de douleur dans l'avenir, et de regret (p.175) ». Mais elle se sait naviguer entre deux eaux : « je t'aime moins que d'habitude, lui écrit-elle tout à coup, de penser à toi me lasse également, je voudrais ne plus être, ne plus penser, ne plus sentir. Pourquoi y a-t-il en moi tant de vilains sentiments, pourquoi ne suis-je pas que tendresse et douceur ? (p.72) »…

C'est que, comme le constatent les hommes, une femme est souvent séduite par qui la courtise : « c'est naturel d'abord, qu'au début tu m'aimes plus que moi. Le rôle de l'homme c'est de choisir et ce choix suppose que l'amour est déjà affermi. Nous, nous ne sommes que sujettes passives, si nous n'aimions pas avant que ce choix nous ait échu, notre amour se développe doucement à l'appel de l'autre (p.51) ». Voilà qui explique mieux ses moments de défiance, même en public : « plus elle se refuse, plus sa demande à lui se fait éperdue : 'quand j'ai senti, se souviendra-t-il, le soir du 10 mai à la Grande Terrasse, une amicale hostilité à toutes les petites avances que je te faisais, j'en aurais pleuré si j'avais été seul (p.32) », souvenir qu'elle décrit en ces termes : « au retour de ce bal, cette même tristesse que j'avais lue un instant dans ton regard m'avait un peu troublée. J'ai failli ce soir-là t'aimer - ma volonté s'est en fait interposée parce que je ne voulais pas aller au devant d'une souffrance (p.32) ».

Pourtant, quand Paul attend des gestes ou des mots de tendresse : « toi si douce mon ange, tu ne peux évidemment pas comprendre qu'un petit garçon a besoin d'une affection maternelle parce que tu n'en as pas été privée (p.61) », Marie lui exprime parfois ses mots d'amour : « ne sens-tu pas, par un regard, par une pression de main que je t'aime, que je suis tienne plus que par ce baiser hâtif dont je me défends ? (p.53) », tout en reconnaissant sa versatilité : « j'ai un drôle de caractère, signalait-elle à 22 ans avec une rare lucidité, et j'en souffre. On dirait que, quand je devrais être la plus heureuse, je prends plaisir à me rendre malheureuse (p.49) ». Et quand des années plus tard Marie tente une psychanalyse délétère, Paul n'a qu'un souci en tête, sauver son couple : « Arrête !!! panique Paul. Arrête, ou ce médecin nous fera divorcer ! (p.79) ». Car Paul n'est pas dupe, il l'aime pour sa condamnation, et il voit juste sans pouvoir rien y faire : « il y a en toi deux femmes mon amour, aussi dissemblables que possible (p.175) »…

Le Temps des regrets

Passés les premiers échanges délicieux ou passés ces moments où Marie est sous le charme, sa tendresse ne cesse de se muer en défiance accusatrice : « tu as forcé mon cœur, lui reproche-t-elle encore. Tu l'as volé mon amour ! Je ne te l'ai pas donné de mon plein gré. Ce sont tes lettres trop jolies qui l'ont ravi à ma vigilance pour le conduire vers toi (p.71) ». D'où cette plainte de Paul sur la hantise de sa femme pour l'intimité : « il est parfois pénible, gémit-il après coup, quand on sent dans ses bras une poupée si mignonne, si belle, si attirante, de ne pas se laisser aller à ses instincts d'homme : on voudrait faire usage de sa force pour discipliner une femme indocile, mais les yeux sont là, qui plus que tout savent me désarmer (p.44) » ; non pas le regard d'une amoureuse timide, mais celui d'une âme dure qui intime la distance…

Celle-ci est en partie due au mauvais caractère de Paul, qu'elle attise par des reproches ou des vétilles montées en épingle : son comportement est celui d'un fou d'orgueil. Il a besoin d'être le maître, celui qui jamais ne faillit, jamais ne se trompe. Cela est terrible pour la femme qui vit avec lui […] Ma vie est un volcan. Je vis toujours dans la crainte d'une explosion de sa part. La plupart du temps je n'ose parler, je n'ose dire ma pensée car je redoute qu'il se contrarie ou se fâche (p.178) ». Comme chacun se place en victime de l'autre et que leur orgueil ne laisse leur générosité s'exprimer librement, tous deux sont passés à côté de leur vie, du moins à côté du bonheur : « car pour eux, ce sera vingt-huit années ; vingt-huit années où il ne sera pas roi, où elle ne sera pas reine […] vingt-huit années sans un jour d'intimité, jamais l'amour qui prend ses aises, l'accouplement là, brutal et merveilleux contre la porte de la cuisine, ou la querelle comme un linge essorée d'humeurs d'un bout à l'autre du couloir (p.96) »…

Et pourtant, encore une fois, quand sa mère écrit sur le tard, « si je vois mon visage dans une glace, les rides de mon front et celles de mes lèvres, je me dis que ce n'est pas possible, que ce n'est pas moi, je ne me reconnais pas. Il ne devrait pas être comme ça, j'ai négligé ma jeunesse, je ne l'ai pas soignée. J'ai manqué de coquetterie, l'extérieur est vieux et lézardé, mais à l'intérieur il y a encore la fraîcheur, voire la naïveté de mon adolescence (p.194) », sa fille sait que sa mère ne vécut pour l'amour qu'elle ne sut apprécier et retourner. Car si a quatre-vingt-trois ans Marie a ces mots terribles : « ce mari a été mon malheur. J'avais vingt-deux ans (p.186) », elle lâche aussi cette confidence tardive pour un mari alors disparu : « j'aurais dû mieux me souvenir, disait-elle, que j'étais sur terre et près de toi pour essayer de faire ton bonheur (p.193) »…

Nicolas VAILLANT

© 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°14 : 21.IX.05

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