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 | NORAC Carl | | Le Carnet de Montréal | | | [6] Noroît (Le)
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79 pages - . € ISBN 10: 2-89018-417-X
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Pensées, descriptions et confessions présentées chronologiquement, en ‘entrées’ quotidiennes, parfois plusieurs par jour, et dépassant rarement la demi-page. Les thèmes abordés sont la vie, les tranches de vie, la sensualité, et l’intimité de l’écrivain… Avec une fable en prime. Le recueil de poèmes en prose de cet adepte du « parti du vent » précède et annonce l’admirable Eloge de la Patience ( La Différence, 1999 ). Le poète se donne ainsi à connaître, en signifiant bien ses différence et distance d’avec le monde :
• « je demeure du parti du vent, du clan de la distance. Mon détachement est une propriété de l’œil et mon errance une élévation. Je vais où l’on m’exauce et je me crois partout plus proche d’un nœud intérieur, d’une soute de sang, d’un équilibre savamment maintenu entre le vertige et le fleuve. A l’inverse, je demande à emplir, à assourdir un corps de ma présence, une bouche de ma langue et une ville de mon silence (p.18) » ;
• « je ne suis pas un homme qui se laisse bercer par la vérité. Je préfère le trouble, l’excavation, l’équilibre sur une corde mouillée. La vérité, je la frôle pourtant, comme on le fait parfois de la poitrine d’une femme interdite (p.72) ».
Il dévoile aussi une grande sensibilité sensuelle, celle d’un grand amant, éternel amoureux mais qui ne se donne entièrement qu’à une âme sœur ; cependant, quelques allusions directes au doigté et aux caresses intimes peuvent parfois enlever au pouvoir d’évocation :
• « ici, les poèmes s’achètent moins chers que les indulgences. Mais vous n’y trouverez pas plus qu’ailleurs de quoi sauver votre âme. Les poètes et les chiens, dans tous les pays, portent les mêmes péchés d’orgueil, certains en récitant et d’autres en aboyant. Le doigt qui vous sert à tourner les pages, vous feriez bien plus de cas de le flatter sur une autre gencive ou de le promener sur un sexe humide à votre passage (p.25) » ;
• « tant de mots inutiles dégorgent avec la foi, patinent les dieux avant d’huiler les crânes. Tant de mots inutiles ravivent les passions, couchent les femmes silencieuses au bord de nos lits fatigués d’être revenus sourds au monde (p.52) »
• « j’ouvre ma nuit à celle qui la trouve en moi, puis j’avance ma langue. La vie est moins amère dans la bouche des femmes. L’évidence d’être aimé s’y passe de poème. Ce que leur salive nous donne, ce n’est pas seulement un sucre ou un miel, mais une issue hors du désir qui pend aux lèvres des perdants (p.77) » ;
• « il y a longtemps, je me souviens : l’herbe couchait avec n’importe qui. Nous savourions la terre avec les ongles. Je repense à ta chair d’ombres entre les cuisses, à ta langue qui me léchait en remontant doucement. J’aimais alors te soulever hors de l’herbe, te posséder dans l’air perdu. Alors, nous revenions avec ces fines plaies que les roseaux prolongent. Baignée de salive et de sueur, tu avais, ces soirs-là, quelques plis d’oiseaux au coin de la bouche (p.26) ».
Enfin, cette belle allégorie de l’instinct, présentée sous forme de fable ou d’anecdote fabuleuse, mérite d’être citée pour clore cette recension :
• « à midi, j’ai mangé avec un loup. Il me regardait comme un homme. Par instants, il semblait rêveur, ses yeux s’humidifiaient, sans trahir une larme. Je n’ai pas osé le déranger, lui demander à quoi ou à qui il pensait. Les loups, même ceux de la ville, n’aiment guère les questions. Mais soudain, il m’a dit : ‘Je suis venu en ville pour me reproduire avec une humaine. C’est pour moi un désir ancien’.
A qui pouvais-je le présenter ? Les femmes que je connais n’aimeront pas, je le crains, l’odeur ni la stature de ce loup. Tentant de le dissuader, je lui ai fait l’éloge de la louve. Il a grimacé un moment, puis se rendant à ma démonstration, il a mordu rageusement dans le pain, m’a salué à peine et s’est enfui vers le mont Royal (p.31) »… Erwan L'HELGOUACH © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°1 : 01.VI.04 * * *
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