|
|
| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
|
Traduction et choix personnel de Daniel Giraud : les poèmes retenus, beaux et calligraphiés par Long Gue, sont de nette inspiration Chan et/ou Tao, une petite quarantaine de poètes du IIIe au XIXe siècles, dont on trouvera en fin d'ouvrage une présentation toute symbolique… Un des grands intérêts d'une anthologie poétique est le regard par lequel les poèmes ont été colligés : plus que la présentation d'une simple somme de textes, même de grande qualité, c'est la cohérence de l'ensemble et les valeurs rassemblées qui en font le vrai mérite. C'est le cas pour cette sélection de Daniel Giraud qui en a aussi assuré la traduction : spécialiste du Chan et du Tao sur lesquels il a publié de nombreux ouvrages, les textes retenus ici reflètent bien cette double inspiration philosophique. Comme on le verra un peu plus en détails ci-après, les thèmes de la Voie, de l'écoute de Soi et de l'ermitage en montagne sont récurrents, comme dans ce superbe Dialogue en Montagne du célèbre Li Bo :
On me demande pour quelle raison j'habite la montagne verte Je souris alors sans répondre, le cœur spontanément en paix Les fleurs de pêchers s'éloignent ainsi au fil de l'eau Il est un autre Ciel, une autre Terre que parmi les êtres (p.109)
Cela est d'autant plus vrai pour les immenses legs que les siècles sont venus grossir, comme l'est la poésie chinoise depuis vingt-cinq siècles au moins : « la poésie chinoise est si vaste qu'un seul recueil ne saurait la contenir et même si l'on multipliait les tomes, toujours il manquerait des poètes importants. Il est donc vain de vouloir être exhaustif en la matière ( Présentation, p.9) ».
L'ouvrage lui-même est rehaussé par une calligraphie de Long Gue en page droite de chaque texte. Le lecteur sinisant peut ainsi lire la version originale à loisir. Pour le néophyte cependant, on peut regretter l'absence de transcription phonétique et la traduction des noms en système EFEO au lieu du pinyin ( ce qui a été respecté ici ).
Impermanence
Un grand thème de la pensée Chan ( Zen en japonais ) est celle de l'impermanence et de la futilité des valeurs matérielles. Exemples des poètes Tao Yuanming et Han Shan
. La Voie se meurt depuis mille ans Chacun est avare de ses désirs Il y a du vin, personne ne veut en boire veillant uniquement à la renommée en ce bas-monde Ce qui fait mon corps précieux n'est-ce pas d'être en vie la vie durant ? Une vie, combien de temps dure-t-elle ? Rapide comme l'éclair elle s'emballe en cent années interminables S'en tenant à cela comment s'accomplir ? (p.25)
Tao Yuanming ( IV-Ve siècles )
. Ai-je un corps ou n'ai-je pas de corps ? Suis-je moi ou ne suis-je pas moi ? Ainsi la méditation discerne… Assis, adossé à la falaise, le temps passe Les herbes vertes poussent entre mes pieds La poussière rouge tombe sur ma tête Je vois déjà les gens du commun Sur mon lit de mort offrir vin et fruits (p.69).
Han Shan ( VIIe siècle )
Ecoute du Soi, Ecoute du Tout
Il est des sentiments et éthiques qu'il faut sentir et comprendre, et que le verbe peut seulement délimiter sans toutefois pouvoir les décrire précisément. C'est ce en quoi la parole est futile, une vérité difficile à admettre, surtout aujourd'hui, mais qui reste non moins vraie, car comme disait Laozi, « ceux qui savent ne parlent pas, ceux qui parlent ne savent pas ( zhi zhe bu yan, yan zhe bu zhi ) ». Les quatre quatrains ci-dessous de Seng Can n'ont cette forme qu'en raison de la présentation occidentale et du choix opéré pour les citer : en effet, ils sont extraits de passages plus longs, dont est repris seul un tiers des textes à chaque page mentionnée :
. Le combat entre obéir et désobéir provoque la maladie du Cœur Si vous ne discernez pas le sens profond vous vous fatiguerez en vain à pacifier votre mental (p.29)
. Ne recherchez pas le monde extérieur ne vous attardez pas dans le vide intérieur Demeurez serein dans l'Unité et le dualisme disparaîtra de lui-même (p.31)
. Plus nous parlons, plus nous pensons et plus nous nous égarons Balayant discours et raisonnements nul lieu où ne pas circuler (p.33)
. Si le monde vide paraît changer c'est par notre ignorance Inutile de chercher la vérité abandonnez plutôt les opinions (p.35)
Seng Can ( VI ou VIIIe siècle )
Poésie
La distinction entre poésie et philosophie est parfois malaisée, et il n'est pas certain qu'un tel rationalisme soit idoine. Néanmoins, les deux poèmes ci-dessous partagent le thème de la séparation chacun à sa manière. Si le premier, Cadeau d'adieu, est nettement plus proche des poèmes occidentaux de rupture amoureuse, le second joue sur l'expérience individuelle autant que comme épitaphe philosophique…
. Beaucoup d'amour ressemble vraiment à de l'indifférence Seul, devant la coupe, ressentant l'impossibilité à sourire La bougie a du cœur et déplore l'adieu Pour nous elle fond en larmes jusqu'au jour (p.139)
Tu Mu ( 803 - 852 )
. Pénétrant en moi sans effort Il n'est plus nécessaire de laisser une stance Etant ainsi quelque peu conforme à la condition existentielle Portez-vous bien, portez-vous bien (p.151)
Kou Qin ( 1063 - 1135 ) Philippe CESSE © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°5 : 21.VI.05 * * *
|
|
|