|
|
| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
|
Sanglant et riche en rebondissements, dépaysant et sans complaisance, voilà un polar saisissant dont les problèmes qu'il soulève invitent à réfléchir, par un auteur aussi à l'aise pour décrire une partie de jambes en l'air que Jésus marchant sur le Lac de Tibériade… Difficile de rendre cet enthousiasme qu'on sent au fur et à mesure qu'un roman commence à s'insinuer en vous… il faut simplement être conscient qu'il ne vous lâchera pas avant la fin, tant il est bien écrit et riche en rebondissements, réaliste et dépaysant ! Et l'auteur sait exploiter sa foule d'idées géniales pour relancer le suspens.
Cela est d'autant plus remarquable vu le nombre de romans flirtant avec l'ésotérisme et sans vraiment étayer l'intrigue, tels le Da Vinci Code, ou Crises de Robin Cook lequel, pour soigner un Alzheimer, prélève soi-disant l'ADN du Christ sur le suaire de Turin. S'il fallait une comparaison pour bien situer les choses, disons que Mary Higgins Clark est à Elizabeth George et Ruth Rendell, ce que Dan Brown est à Philip Le Roy et Daniel Easterman !
Nathan Love : Présentation
Fairbanks, Alaska, 4h de soleil par jour à -40°C : dans le laboratoire du Projet Lazare, on retrouve assassinés deux Prix Nobel, récompensés pour leurs recherches sur la régénérescence de cellules souches, ainsi que trois souris, une infirmière fort diplômée proche du cercle de Ronald Reagan, l'agent du FBI Clyde Bowman et le corps d'Etienne Chaumont, militant pour la nature et amateur de conditions extrêmes : « déposé dans le cercle arctique, sans aucun moyen de communication. Objectif : tester dans des conditions réelles la résistance du corps et de l'esprit humain à la solitude et au froid. L'expérience devait servir les futures expéditions dans l'espace, en particulier sur Mars (p.47) »…
Depuis trois ans, Nathan vit avec le crâne de son épouse bien-aimée mais sauvagement assassinée par le tueur en série qu'il combattait : seul un ordinateur le relie au monde. Il se nourrit principalement de chocolat noir pur à 99%, écrit des haïkus entre deux entraînements d'art martial ou de Zazen, pour prendre du recul : « Nathan regarda le ciel cotonneux à travers le hublot. Drôle de monde là-dessous. Un monde réel créé par Dieu ou un monde fictif inventé par nos sens ? Accepterait-il à nouveau de fouiller la fange et se laisser polluer ? Comment six milliards d'individus pouvaient-ils coexister sur si peu de place ? Quand l'être humain disparaîtra-t-il de la surface de la Terre ? Comment Clyde avait-il pu se faire avoir dans un laboratoire aussi bien gardé, alors qu'il anticipait n'importe quel comportement ? Et lui-même, qu'est-ce qu'il foutait dans cet avion ? (p.31) ».
Or parce que Clyde Bowman était l'ancien coéquipier et l'ami de Nathan Love, excellent profiler de son équipe, Lance Maxwell convainc Nathan de reprendre du service : « Love travaillait autrefois sans existence officielle sur des cas difficiles, souvent à caractère paranormal. A la fin du deuxième millénaire, il avait été maintes fois sollicité pour mettre hors d'état de nuire des tueurs méthodiques, des gourous impulsifs, des faux messies, des illuminés qui menaçaient l'ordre américain et donc mondial, enchaînant les missions sans prendre le temps de se débarrasser de la boue qui l'éclaboussait (p.27) ».
Enquête à Grande Vitesse
L'analyse des faits semble cohérente et leur enchaînement est harmonieux. Le professionnalisme de Kate Nootak, enquêtrice du FBI local, complète au mieux les intuitions de Nathan : « l'Esquimaude était en charge de l'agence satellite de Fairbanks affiliée à celle d'Anchorage et représentait à elle seule le quota féminin et racial indispensable à l'image fédératrice de FBI […] Il l'avait déjà jaugée. Une femme de tête, trop cérébrale pour marquer des points sur le terrain, voulant faire oublier à la hiérarchie sa couleur de peau, la forme de ses yeux et la disposition de ses chromosomes (pp.45-46) ».
L'enquête obligeant Nathan à souvent voyager, le récit fourmille de descriptions de lieux, plus ou moins longues mais vivantes, telle ce lieu couru par les homosexuels à San Francisco : « la faune mâle affalée dans les sofas du hall d'entrée annonçait la couleur. Cuirs, muscles, chaînes, moustaches, piercings. La musique qui pulsait à travers des enceintes géantes aurait filé la tachycardie à un mort (pp.93-94) », telle la Méditerranée : « rien qu'en dégazage et en déballastage, un million et demi de tonnes de fioul étaient déversées dans cette mer quasiment fermée. La Méditerranée avalait insidieusement, sans tapage médiatique, l'équivalent d'un cinquantaine de marées noires par an (p.273) » ou encore la banquise : « plus que la mer ou le désert, la banquise immobile, immuable, immense, immaculée, symbolisait le vide. Aucun panorama ne pouvait mieux exprimer le zen. Une page blanche sur la planète, un sanctuaire des origines. Le froid et la nuit avaient expulsé les hommes vers des contrées plus accueillantes qu'ils avaient colonisées jusqu'à parfois ne plus accorder de place au milieu naturel (p.386) »…
Les personnages sont bien brossés, physiquement : « la voix était grave, secouée par une toux violente, et semblait provenir de son estomac. L'homme chercha de l'air à travers la cagoule en charpie qui couvrait une partie de son visage. Sa respiration rauque et saccadée résonnait dans la nef. Ses orbites anormalement évasées abritaient un regard tragique. Ses pommettes, plus saillantes que celles d'un Esquimau, ressemblaient à deux cornes qui auraient commencé à pousser sur ses joues (p.16) » et psychologiquement : « il avait laissé derrière lui sa société en liquidation, sa famille en décomposition et Silicon Valley en mutation. Il avait erré de dispensaires en soupes populaires, après avoir vendu ses stock-options, son 4x4 climatisé, son ordinateur portable, ses chaussures italiennes, sa montre Breitling, son sang et même une dent en or. Chaque semaine, il se faisait pomper un litre d'hémoglobine pour pouvoir survivre (p.109) »… L'auteur sait aussi s'étendre sur plusieurs pages pour décrire des combats de quelques instants, par exemple la bataille de rues des pages 232 à 236 grouille de détails et l'on peut suivre 'visuellement' les échanges de coups comme des séquences de film au ralenti car chaque geste est décomposé.
Autres Extraits
Le Roy swingue d'un monde à un autre comme sur des montagnes russes, entre humour et horreur. Illustration :
« Tu connais les effets du vitriol ? Il lui colla un flacon devant les yeux. Elle se débattit, il lui flanqua deux crochets du gauche et lui attacha les poignets dans le dos avec du fil de fer. Il la traîna jusqu'à un étau fixé sur un établi, lui bascula la tête en arrière et serra fermement les deux mâchoires sur les tempes de Clara […] Elle le vit dévisser le bouchon du récipient et verser lentement le vitriol sur son visage. Dès les premières gouttes, le produit la brûla atrocement. Elle hurla en sentant crépiter sa peau et sombra presque aussitôt (p.497) »
« Deux mille ans avant l'avènement de la télévision, Yehoshua sait comment être médiatique. Il change l'eau en vin, ressuscite Lazare, marche sur l'eau, guérit les malades, exorcise les possédés, multiplie la nourriture. De l'illusionnisme destiné à des disciples un peu rustres et à des foules crédules. Imaginez le Dalaï-Lama qui accomplirait les performances de David Copperfield en pleine ère mystique (p.636) »
« La France était libérée de la grève. Après avoir rendu le pays exsangue par des négociations stériles, le Premier Ministre avait cédé à toutes les revendications, excepté celle qui exigeait sa démission (p.454) »… Norah GUENEAU © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°21 : 21.VI.05 * * *
|
|
|