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 | KAGAN Robert | | Le Revers de la Puissance | | | [8] Plon
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121 pages - 13 € ISBN 10: 2-259-20068-0
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Ce dernier livre de Robert Kagan est riche en pistes de réflexions et de considérations sur la légitimité du droit d'intervention, qui valent finalement autant pour les Etats-Unis que pour l'Europe. C'est pourquoi nous le considérons de portée plus générale…
| | This last book by Robert Kagan elicits some fundamentals that could draw American might from its current crisis of legitimacy. The author shows that despite the United States' early and strong support for the establishment of the United Nations, the country has never really abided to its Charter, much less to prior legitimisation by the Security Council of any pre-emptive attack, whatever the motives or emergency. In fact, throughout their history, the U.S. have always maintained full leeway to their foreign policy and national interests, thereby overrunning international law whenever necessary. Furthermore, the discussion clearly shows that every modern power has behaved thus, provided it had the power and the room to do so. This proves the current French-German call for multilateralism rather odd, considering history and the recent European intervention in the Balkans along just those lines now both denounce. In fact many of the conclusions on the United States could easily be applied to the European Union, whether now or in the future… |
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Might is Right ( la loi du plus fort )
Ce livre analyse la légitimité de la politique étrangère américaine, maintenant que les Nations-Unies apparaissent au grand jour comme un simple faire-valoir des intérêts américains, pour peu qu'elles consentent dans leur sens. C'est aussi un moyen de tenter de sauver la face, à défaut de la légitimité : « lorsque le président Bush a décidé de se tourner vers les Nations Unies, c'était en grande partie à cause de la situation politique de Blair au Royaume-Uni et aussi pour renforcer son influence sur le Vieux Continent (p.44) ». Autrement dit, il fallait soutenir le principal allié, en fait l'unique allié de poids, alors que la puissance militaire des Etats-Unis n'en avait nul besoin, contrairement à sa diplomatie.
Car là est le paradoxe : « malgré leur rôle dans la création des Nations-Unies et dans la rédaction de leur Charte, les Etats-Unis [n'ont] jamais pleinement accepté la légitimité de l'ONU, et surtout pas la doctrine de l'inviolabilité de l'égalité souveraine de toutes les nations inscrite dans sa charte. En effet, l'Amérique a toujours été férocement jalouse de sa propre souveraineté mais […] durant toute son histoire [elle s'est réservé] le droit d'intervenir partout et n'importe où - de l'Amérique latine et des Caraïbes à l'Afrique du Nord et au Moyen-Orient, du Pacifique sud à l'Asie de l'Est et enfin, au XXe siècle, en Europe même (pp.72-73) ».
Mais si la tentation hégémonique des Etats-Unis date du jour de leur proclamation d'indépendance, il est faux de l'imputer aujourd'hui aux seuls Républicains, puisque déjà sous l'ère Clinton le célèbre politologue « Samuel P. Huntington a mis en garde contre l'arrogance et l'unilatéralisme des politiques américaine (p.31) ». Certes, comparée au gouvernement actuel, l'administration Clinton apparaît plutôt respectueuse du 'droit international'… Surtout après l'essai Promoting the National Interest de Condoleezza Rice, actuelle conseillère de George Bush, paru début 2000 dans la très prestigieuse revue Foreign Affairs N°79 et où l'intéressée dénonce que « la précédente administration n'avait pas réussi à se focaliser sur l'intérêt national et avait préféré se tourner vers des 'intérêts humanitaires' ou vers les intérêts de la 'communauté internationale' (pp.108-109) »…
Or depuis l'Uruguay Round, on observe partout un durcissement de la position américaine à toutes les négociations, économiques et politiques, préférant les accords bilatéraux aux cinquante ans d'ère multilatérale qui bâtirent les principales organisations de coopération internationale. Le multilatéralisme désormais perçu comme trop coercitif, pourquoi se lier les mains quand on a largement les moyens de faire cavalier seul ? Cette optique est bien résumée par l'aphorisme du politologue Christopher Croker : « multilatéral si possible, unilatéral si nécessaire (p.51) »… Car « tel est en fait le monde dans lequel nous vivons, et d'ailleurs le seul dans lequel nous ayons jamais vécu. C'est un monde où, persuadé qu'il a toujours raison, le fort impose aux autres sa vision de la justice (p.62) »…
La souveraineté : une notion en désuétude
Pire, la légitimité onusienne à laquelle on se réfère pieusement aujourd'hui n'a jamais été qu'une poudre aux yeux, et pas uniquement du seul fait américain. Car la légitimité et le pouvoir du Conseil de Sécurité sont depuis l'origine battus en brèche par tel ou tel autre de ses membres.
Ainsi pendant toute la période froide, comme dans le jeu du chat et de la souris, les USA et l'URSS ont systématiquement bloqué les résolutions de l'un si contraires aux intérêts de l'autre. D'ailleurs, cela vaut aussi la légitimité des pays eux-mêmes : « les Américains n'ont jamais acquiescé à la légitimité de l'Union Soviétique et ont toujours cherché des moyens de la saper de l'intérieur et de l'extérieur, au risque même de créer une instabilité mondiale (p.73) ». C'est aussi ainsi que l'ambassadeur américain opposait un veto systématique aux résolutions visant la cause palestinienne, contraires aux intérêts israéliens, débat que Kagan n'aborde d'ailleurs pas.
On oublie aussi facilement que, plus récemment, en 1994 « l'administration Clinton a dépêché des troupes en Haïti sans l'accord du Conseil de Sécurité qui n'est venu qu'après (p.49) », un peu comme pour l'intervention américaine dans la Guerre de Corée. Enfin, en 1998, Clinton avalisa derechef l'opération Renard du Désert : trois jours de bombardements intensifs sur l'Irak, sans nul mandat onusien.
L'UE, ou la loi de plus fort en Europe
Et on aurait toujours tort de réduire le mépris de l'ONU aujourd'hui aux seuls Etats-Unis : « au Kosovo, ce sont les Européens et les Américains qui sont partis en guerre sans obtenir de légitimation de leur action par le Conseil de Sécurité (p.49) », pour contourner le veto slave de la Russie, alliée traditionnelle de la Serbie. L'ONU ne peut, pas plus qu'hier, imposer quoi que ce soit à l'un de ses cinq membres permanents, dont l'Europe a deux sièges. Si bien qu'en 2003, France et Allemagne exigeaient des Etats-Unis « une norme juridique internationale qu'eux-mêmes avaient ignorée, pour de bonnes raisons morales et humanitaires (p.58) » en 1995.
Or Dominique de Villepin souligna que « les Américains ainsi que l'Angleterre de Tony Blair ont vu dans le Kosovo le premier exemple d'un droit coutumier d'intervention humanitaire sans mandat de l'ONU », là où la France voyait « au contraire un exception, justifiée à la fois par un large soutien et par la menace d'un désastre humanitaire imminent (p.51) ». La guerre fut donc illégale, d'abord car non commanditée ni avalisée par l'ONU, ensuite parce que contre un Etat souverain, comme l'Irak d'ailleurs, mais qui à la différence de ce dernier n'avait commis aucune agression à l'extérieur, à part organiser le massacre de telle ethnie de leur population. En outre, l'Europe s'est depuis dotée d'un organe qui lui permet de passer outre le Conseil de Sécurité, grâce aux TPI créé sous l'égide des Nations Unies, mais que ni la Chine et ni les USA par exemple n'ont ratifié : « le Tribunal pénal international, dont les gouvernements européens se sont faits les champions, autorise à agir contre les dirigeants responsables d'autres pays, même lorsque ces derniers n'ont pas ratifié le traité (p.71) ». Mieux encore, le TPI ne peut fonctionner que sur des pays plus petits comme la Serbie, proie facile, surtout avec le feu nourri de l'OTAN dont rien que le matériel est majoritairement américain. Alors, si nombre d'intellectuels américains et européens n'hésitent plus à qualifier certaines actions américaines de criminelles, imagine-t-on seulement le TPI autoriser une action contre l'administration Bush ? L'Europe : un nain dans la cour du grand
Sans l'OTAN, jamais l'Europe ne serait intervenue au Kosovo : ses propres atermoiements et dissensions internes, largement étalées en public, ont montré une fois encore que le géant économique demeurait le même nain politique, avec des capacités militaires très en deçà de la puissance américaine : « les propres capacités du Vieux Continent ne cessent de décliner par rapport aux Etats-Unis, et les ambitions françaises en matière de création d'un contrepoids européen face aux Etats-Unis sont sans cesse contrecarrées par une aversion européenne postmoderne plus affirmée (p.34) ».
Et quand on sait que l'Europe est si divisée, d'abord entre nord et sud, puis entre latins et anglo-saxons, et plus récemment entre ouest et est, même ceux qui font cavaliers seuls ( par rapport à l'optique franco-allemande ) se tirent des balles dans le pied et ruinent leur propre crédibilité ! Ainsi du caniche des Etats-Unis, Tony Blair qui s'est engagé corps et âme à leurs côtés « à tel point qu'il a sacrifié une grande part de son capital politique personnel et international en tentant vainement d'obtenir une seconde résolution autorisant explicitement la guerre (p.44) ».
On conçoit que l'Europe s'émeuve et dénonce l'arrogance américaine, cela fait partie de son folklore depuis 1968 au moins, mais elle ne s'en donne jamais les moyens, alors qu'elle est en tête dans bien des domaines… Or, si on peut saluer la construction européenne là où Bolivar échoua lamentablement en Amérique Latine, quelle lenteur tout de même quand on lit la lucidité prophétique de John Quincy Adams père, deuxième président des Etats-Unis. De Londres, il écrivait voici deux siècles déjà, en 1817 : « face à la croissance prodigieuse de notre population, et de notre puissance, l'Europe est unanimement persuadée que nous deviendrons, à conditions de rester unis, un membre particulièrement dangereux de la société des nations (p.74) ».
Enfin, à supposer que l'accusation d'unilatéralisme américain soit justifiée, que signifie-t-il au juste ? Quand la France et l'Allemagne dénoncent cet unilatéralisme, que font-elles des pays de l'Union comme l'Italie, l'Espagne ou la Pologne qui représentent tout de même cent quarante millions d'habitants, soit autant qu'à elles deux ? Et quand bien même tous les petits pays de l'UE auraient voté avec les Etats-Unis, le verdict aurait-il différé ? « Ce qu'ils veulent dire vraiment, c'est que le soutien européen n'a pas été assez large (p.95) », lire sans l'Allemagne, sans la France. Et puis, concrètement, à partir de combien de pays, ou avec quels pays, tous européens s'entend, peut-on parler de consensus ?
L'Europe : plus légitime que les Etats-Unis ?
La question mérite d'être posée, car « l'Union Européenne jouit d'une légitimité naturelle du seul fait qu'elle est une organisation collective (p.39) ». Mais pour cela, encore faudrait-il qu'elle parle d'une seule et même voix, alors que l'axe historique franco-allemand est tiraillée des deux côtés, avec l'Angleterre d'un côté et la Pologne de l'autre qui mangent tous deux dans la main du puissant américain.
De plus, si « Europe compte, c'est parce qu'elle reste, avec les Etats-Unis, le cœur du monde démocratique libéral (p.103) ». Pour reprendre une expression du politologue Zaki Laïdi, la France, l'Allemagne, même l'Europe, sont des « nations à message », car le monde entier, Amérique inclue, écoutent ce qu'elles ont à dire : « les autres grandes démocraties libérales de la planète, y compris l'Inde et le Japon, ne pèsent pas encore aussi lourd que l'Europe dans les calculs de l'Amérique […] les opinions de New Delhi n'ont pas autant de poids et ne déchaînent pas autant les passions que celles de la capitale française (p.104) ».
Enfin, l'Europe a au moins un troisième atout : « l'OTAN est la seule organisation capable de concilier l'hégémonie américaine avec l'autonomie et l'influence des Européens (p.114) ». Mais il faudrait qu'elle s'affermisse et s'engage rapidement dans la voie que préconise par exemple Christian Saint-Etienne dans son livre La Puissance ou la mort - l'Europe face à l'empire américain ( Seuil, oct. 2003 ).
Et l'Europe a tout à gagner à faire jeu égal, et non pas contre, mais avec les Etats-Unis. Car comme le rappelle Joschka Fischer : « les Etats-Unis sont le seul véritable acteur mondial, et je dois mettre en garde contre toute mésestimation de leur rôle dans la paix et la stabilité du monde. Gardons-nous également de mésestimer ce que signifie ce pays pour notre propre sécurité (p.117) ». Richard ACKERMANN © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°4 : 16.VII.04 * * *
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