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 | MACKENZIE Sir Compton | | Whisky à gogo | | Titre original : Whisky Galore | [6] Terre de Brume
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293 pages - 18,50 € ISBN 10: 2-84362-239-5
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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A la fin de l'hiver 1943, les deux îles écossaises Todday, séparées par 'un détroit, large de deux milles', connaissent une grave pénurie de whisky sans précédent. Après un an et demi de services en Afrique dans les troupes de sa Majesté, un sergent anglais vient trouver son aimée.
| | At the end of winter 1943, the twin islands of Todday in the Hebrides face a dire situation of a dearth of Whisky that war imposes to the whole population. The article belows ackowledges the quality of the description of the scotch atmosphere and human relations, but also elicits the shallow development of the main theme : the dearth of whisky is insufficiently described. In addition, the love affair therein could have been more developped. Nevertheless, the novel is worth reading for its true flavour and 'exotic' renderings. |
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Dans les terres de Clan Campbell
Situées dans les Hébrides, les deux îles Todday s'étirent à l'ouest de l'Ecosse, telle une barrière naturelle face à l'Atlantique. La force de l'exotisme écossais, les secrets du gaélique, la double insularité du cadre, l'océan, le Nord, parsèment ce roman, sur lequel se greffe l'intéressante situation d'une pénurie de Whisky. L'explication, tristement réaliste en raison de la Guerre, est surréaliste pour les soiffards :
- Pourquoi que le gouvernement il nous tonne pas du whisky ? - Nous l'exportons vers l'Amérique, pour aider à payer nos dépenses de guerre […] - Ouais ! Et quand fos Américains auront pu tout notre whisky, c'est eux qui l'auront gagnée, la guerre, et pas nous (p.92).
Ici, il est surtout question d'hommes, et de leurs femmes à travers eux. Les dialogues, qui représentent les trois quarts du roman, donnent corps et âme au décor, ce que n'auraient pas permis des descriptions figées. Le narrateur se fait discret et laisse la part belle aux personnages : il n'est qu'un témoin… ou mieux encore, une oreille… tendue au Snorvig Hotel comme lorsque son patron commence à rationner le whisky, ou encore sur l'Island Queen, bateau qui relie les Todday au continent. Et il se garde bien de juger les caractères, ou alors juste avec un trait d'ironie, jamais grinçante ni forcée : « on a dû lui dire qu'il avait de l'esprit, autrefois, et il a poussé dans cette idée (p.192) ».
Avec la pénurie de whisky, les gorges s'assèchent, les jours se ressemblent, et le temps semble s'arrêter, encore que pas tout à fait : il traîne. Mais les différences entre les deux îles s'estompant, un écolier écrit : « je suis fier de la Grande Todday parce qu'elle est plus grande que la Petite Todday […] Et quand il n'y a pas Whisky, tout le monde est très triste (p.80) ».
Si Wagget, notable du coin aussi honorable qu'exécrable, y voit un état de « défaitisme généralisé » et si, se faisant un devoir de le signaler aux autorités compétentes, celles-ci qualifient la situation de « défaitisme effréné », c'est qu'ils ne font le rapprochement avec le whisky, « quelque chose de mieux que l'or (p.156) ». Et le sergent instructeur d'expliquer : « un poisson ne passe pas son temps à boire de l'eau, mais tirez-le de l'eau, que devient-il, le pauvre ? Il ne sait plus où il en est. C'est le cas des gens d'ici. Ce n'est pas qu'ils aient envie de passer le temps à boire du whisky, ils ont seulement envie de sentir qu'il est bien là (p.66) ».
Seuls au monde…
La géographie est un des principaux intérêts du livre, bien choisie et bien exploitée : on sent la province, l'océan, et le sentiment sûr de l'insularité de l'archipel, qui voit dans l'Angleterre, le continent… L'île dans l'île, une île de l'Atlantique Nord soumise à la rudesse des sols et des climats, qui marquent autant les âmes que les corps : « quand il ne pleut pas, dans ce pays, il vente ou il y a du brouillard (p.129) ».
Mieux encore, plus qu'une île, il s'agit de deux îlots portant le même nom, et que ne différencient que les adjectifs de Petite et Grande, alors que celle-ci est à peine plus grande… Mais langue et whisky à part, tout les sépare : la première est catholique, l'autre protestante, l'une se consacre à l'agriculture, l'autre au textile. Ce dualisme s'explique justement par la géographie dont l'auteur use comme d'une scène de théâtre : il ne la décrit pas, et s'en remet humblement à Hector Hamish Mackay, « topographe bien connu des Hébrides » qu'il cite longuement au chapitre II pour caractériser les aspects historiques, géographiques, linguistiques, mythiques et religieux qui ont pétri ce personnage bicéphale que sont les deux îles.
Et là-bas, les hommes sont robustes, et les femmes courageuses : « je n'ai pas l'impression que les gens soient faciles à conduire à la cravache par ici, et pourtant ils sont braves au possible et on peut les guider (p.78) ». Les célibataires vivent chez leurs parents jusqu'à ce qu'eux-mêmes, devenus veufs, partent chez leurs enfants mariés. Les hommes se marient avec de « gentilles filles » de vingt ans leur cadette…
Là-bas, les étrangers sont vite remarqués, et les informations circulent aussi vite que les habitants circulent lentement. Mais ils se taisent, car ils n'ont pas confiance, ainsi de M. Brown venu enquêter sous une fausse identité qui n'en tire guère la leçon : « les gens de la petite Todday lui semblaient d'une rare stupidité […] A toutes les portes où il frappait, on l'accueillait avec des yeux écarquillés et de timides monosyllabes. […] Il se demandait à quoi attribuer cette stupidité : au catholicisme, ou aux mariages consanguins ? Finalement, il décida que ce devait être au mélange des deux […] Les suppositions sur l'objet réel de sa visite étaient multiples et variées, mais il était une chose sur laquelle l'accord était unanime : M. Brown n'était certainement pas négociant en Tweed (p.115) ».
Et la population insulaire en rajoute, n'hésitant pas à paraître plus primitive qu'elle ne l'est : « ils sont persuadés qu'ils en savent plus long que n'importe qui. En apparence, ils sont très gentils et on commence à croire qu'ils font attention à ce qu'on leur dit, mais dans le fond ils n'agissent qu'à leur tête (p.256) »…
Réserves
Il y avait de quoi mûrir un bon titre, hélas la pénurie de whisky n'a pas été assez exploitée, ni dans le fond ni dans la longueur. Au cours de ma lecture, j'eus souvent envie de crier « du whisky ! du whisky ! Pénurie ou pas », car si le whisky n'est pas là, qu'on nous parle donc un peu plus de son absence !
Ensuite, l'intrigue amoureuse est sans grand intérêt : on voit mal ce que le mariage du sergent instructeur apporte au roman, à part être un fil conducteur dispensable dans l'enchevêtrement des personnages. Ce n'est pas que le développement de l'intrigue amoureuse soit joué d'avance, puisque rien n'est convenu, c'est plutôt que celle-ci ( il y en a d'autres ) ait reçu une place aussi importante et qu'elle ne méritait pas.
En outre, les premier et dernier chapitres se dévoient du whisky pour se centrer sur le sergent ( le double de l'auteur ? ), personnage sans relief, sans grandes émotions, sans doute par excès de flegme anglais. Et puisqu'il était de tous considéré comme raisonnable et juste, conquis par les charmes des Todday comme par ceux de sa fiancée, on pouvait s'attendre à de plus amples explications, d'autant qu'on n'apprendra rien de son expérience africaine passée.
Une réjouissante galerie de personnages
Néanmoins, le cocktail est agréable, même s'il aurait mérité être plus grisant… La puissance de l'atmosphère et le réalisme des personnages l'emportent sur le reste. Passées les trente premières pages, l'univers prend vie peu à peu dans la multiplicité des dialogues de cette galerie de personnages.
Sir Compton Mackenzie, acteur et espion avant de se consacrer à l'écriture, fut un auteur prolixe auquel on doit près de cent titres tout de même ! Par son art du dialogue, il incarne ce petit monde perdu au nord de l'Ecosse et chacun de ses personnages abruptes et secrets, tendres et butés à leur manière. Il n'y a pas ici d'effet de style ni de dramatisation, il n'y a que l'humilité et la maîtrise d'une syntaxe simple en différents niveaux de langues, chacun propre au caractère ou à l'éducation des protagonistes. Ainsi, le notable parle en notable et le marin en marin, mais sans verser dans le cliché. De même, les soudains changements d'humeurs sont aussi perceptibles, soit autant de nuances qui enrichissent le réalisme du récit. Dépaysant et intéressant. Xavier CHARRETON © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°4 : 16.VII.04 * * *
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