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Pagination > 450 p.
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Roman d’éducation, alternant entre lyrisme et burlesque : dans la Lima des années 1940, un enlèvement amoureux dans la haute société péruvienne permet a Carlitos Alegre de gagner les Septièmes cieux et évoluer dans un semblant de Jardin des délices. Réalité ou apparence ? Lors d’une garden-party donnée par ses parents, Carlitos Alegre, jeune homme de très bonne famille mais manquant de sens des réalités, enlève Natalia de Larrea, une jeune veuve affriolante et richissime, sous les yeux médusés de la meilleure société de Lima et à la plus grande fureur d’un quarteron de vieux potentats qui la considéraient comme leur chasse gardée… Après un rituel échange de gnons, menaces et noms d’oiseaux, le petit couple trouve refuge dans le Verger éponyme du roman, propriété de campagne de Natalia sous bonne garde d’un personnel de maison dévoué corps et âme à sa maîtresse. C’est un havre de paix où tout n’est plus qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté, et où le jeune Carlitos poursuit son apprentissage de la vie d’adulte, principalement dans le lit de la volcanique amante. Accessoirement, ces rares sorties hors du cocon sont autant d’occasions pour lui de se frotter à une galerie de fâcheux et de grotesques, tandis que la sainte famille et la bonne société conspirent dans l’ombre pour ramener la brebis égarée au bercail.
L’écrivain péruvien Bryce-Echeñique s’est ainsi amusé à alterner les registres pour entraîner son lecteur dans les pas de Carlitos, semés aussi bien de roses que d’embûches, tandis que se dessine en toile de fond une société aujourd’hui disparue : promenade amusante, de surcroît commentée par un Carlitos alliant une naïveté souvent ridicule à une religiosité très personnelle. Tout est dans la sincérité, toujours toute de premier mouvement, d’un enfant gâté qui déjoue les pièges sans même les avoir vus, parce qu’il est bien trop occupé à batifoler dans le Jardin des délices. Même la tragédie ( en l’espèce la mort de sa grand-mère adorée ) n’y peut rien : « à vrai dire, leur lâcha Carlitos, et on ne saura jamais si c’était par distraction ou si ce fut la seule façon qu’il avait trouvée de clore le bec à cette paire d’abrutis et de se débarrasser d’eux, à vrai dire, vous ne savez pas combien je suis heureux que ma grand-mère soit arrivée morte ici, aujourd’hui : elle détestait tellement les enterrements et les cimetières (p.186) ».
Le texte allie constamment le point de vue du personnage et celui du narrateur, dans une prose souvent échevelée et à l’entrain communicatif : « disons, donc, que le monde, pour Carlitos, était aussi une vallée de larmes, bien sûr, comme il l’est pour tout un chacun, mais que, dans son cas exceptionnel, dans cette vallée si laide et si étroite, Dieu avait placé pour lui une petite oasis particulière qu’il ne cessait de fréquenter et Dieu de décorer, oui, d’orner et de décorer, pour que ce soit bien clair, donnant ainsi lieu de se manifester au trait le plus positif, allègre et beau du catholicisme de Carlitos Alegre – si naturel, de plus, que quelqu’un en avait parlé comme de quelque chose de réellement surnaturel et, en tout cas, d’antérieur à l’existence même de l’Eglise catholique – et à l’absolue familiarité avec laquelle il avait assumé maintenant que cette salle à manger et le verger de Natalia tout entier, avec ses employés et tout, étaient d’heureux et parfaits ajouts que le Seigneur venait d’introduire dans cette oasis privée, qui, d’autre part, semblait même expliquer la pertinence de son nom paternel et sa lumineuse signification ( pp. 75-76 ) ».
Le rythme haletant du récit entraîne ainsi le lecteur au fil des aventures des personnages, dans un revival du monde édénique sur un remix jazzy du Cantique des Cantiques, mais ( et on n’en dira pas plus ) les dernières pages en assurent le contrepoint dans un surprenant changement de tempo, apportant une conclusion inattendue à l’éducation à la vie de Carlitos, conclusion qui amène à reconsidérer en esprit l’ensemble du récit sous une nouvelle lumière… François PROST © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°38 : 23.I.09 * * *
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