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Pagination > 450 p.
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Bien oublié de nos jours, l'auteur vécut longtemps (1588-1672) et côtoya les grands ( Richelieu, Mazarin, le Duc d'Orléans, Louis XIV ). Voici un banquet de remarques et anecdotes, érudites et espiègles, sur les erreurs et raccourcis de certains auteurs, et quelques rapports fort gaulois. François La Mothe le Vayer (1588-1672) connaît un regain d'intérêt avec deux ouvrages re-publiés en l'espace d'un an, celui-ci en 2005, qui contient aussi L'Antre des Nymphes ( éditions Anacharsis, 2004 ). Resituons donc cet étonnant personnage : « études de droit, avocat au parlement, substitut au procureur général à l'âge de dix-huit ans, il renonce à la charge qui lui revient après la mort de son père à trente-sept ans pour devenir précepteur du Duc d'Anjou, futur Duc d'Orléans. Le courtisan écrit pour plaire à Richelieu des textes qui dénoncent les visées impérialistes espagnoles, il défend les alliances avec les protestants en France et attaque les jansénistes dans De la vertu des païens. En tant que précepteur il rédige des livres sur les sujets utiles à la formation de son illustre élève : physique, géographie, logique, rhétorique, économie, politique, etc. Au plus fort de la Fronde, grâce à ses relations avec Mazarin et Anne d'Autriche, il enseigne également au futur Louis XIV (p.XII) ».
Il fut un grand lecteur et un érudit, un disciple spirituel de Montaigne, « dont il hérite de la bibliothèque via Marie de Gournay, fille d'alliance du bordelais, certes, mais aussi son amie très proche (p.XI) ». L'Hexameron rustique est un ensemble de six conversations apparemment imaginaires, entre plusieurs personnages en revanche bien réels que Joseph Beaude présente plus en détail avant la préface par Michel Onfray, en précisant que « la réunion des amis à la campagne n'a sans doute pas eu lieu, mais la fiction de La Mothe Le Vayer rassemble un groupe d'érudits facétieux, critiques, ironiques et sceptiques, et dévoilent leurs préoccupations communes (p.II) ».
Les deux premiers chapitres relèvent les nombreuses erreurs ou amalgames, à commencer par la célèbre source du Danube que Hérodote dans son Enquête situait dans les Pyrénées. Plus savoureuses sans doute sont les multiples confusions et raccourcis relevés au cours de leurs innombrables lectures, comme ici : « Grotius a nommé Philo Biblius dans son livre de la Religion Chrétienne un très habile homme qui l'a mis en Français, a dit sans y penser Philon le Libraire, au lieu que Biblius signifie natif de Biblis, ville des Milésiens dans la Carie (pp.22-23) ». Et Egisthe de résumer ce que savent tous les grands lecteurs : « les bonnes choses me plaisent partout où je les trouve : mais je vous avoue que j'en rencontre fort peu dans la plupart des livres qui s'impriment de notre temps. Je suis pourtant assez juste pour croire qu'il s'en est toujours fait un très grand nombre de mauvais et fort peu de bons : mais parce qu'il ne nous en reste que ceux qu'on a été soigneux de conserver à cause qu'ils étaient les meilleurs, ce n'est que merveille que, généralement parlant, on préfère ces anciens qui ont l'approbation de tous les âges, à ceux qui paraissent de nouveau et qui n'ont rien qui les puisse raisonnablement faire estimer (p.13) ».
L'Héxameron, écrit semble-t-il vers 1630, ne fut publié que quarante ans plus tard en 1670, en un temps où l'opinion avait quelque peu changé et acceptait plus facilement ce genre d'ouvrages. C'est à cause notamment des troisième et quatrième chapitres, Des parties appelées honteuses aux hommes et aux femmes et L'Antre des Nymphes ( cliquez sur ce lien pour de plus amples développements ) que ce méchant livre eut sulfureuse réputation, et « fit beaucoup pour la mauvaise réputation de son auteur ( Onfray, p.XIII ) ». Or les propos qui y sont tenus, certes lestes mais brillants, révèlent entre autres un Saint Augustin passablement porté sur la chose dans son grand classique La Cité de Dieu ; un exemple, parmi d'autres : « une sage-femme, soi-disant pour vérifier de sa main la virginité d'une jeune fille, - malveillance ? incompétence ? accident ? - la lui fit perdre en l'examinant (p.39) ». Voilà une remarque bien pénétrante, qui dut indisposer ou ravir le lecteur selon son état d'humeur…
Titres chroniqués de cette Bibliothèque hédoniste : Erasme, L'Epicurien et autres banquets Lorenzo Valla, Sur le Plaisir Cyrano de Bergerac, La Mort d'Aggripine ( et trois autres textes ) La Mothe le Vayer, Hexameron rustique Philippe CESSE © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°22 : 21.IX.05 * * *
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