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Pagination > 450 p.
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3e volet de la trilogie Le chant pour celui qui désire vivre. L'histoire, située au XXe siècle, est un clair plaidoyer contre les travers de la modernité, dont l'exploitation et la violence masculine, éthylique et sexuelle. La jeune Soré est une lointaine descendante d'Arluk… Soré, roman situé à l'époque contemporaine, présente peu des caractères anthropologiques des deux premiers tomes Heq et Arluk. De ce point de vue, c'est le moins original et le moins abouti de la trilogie, mais il conserve certains des riches ingrédients de la plume de l'auteur, comme la description détaillée des comportements humains et animaliers : « seuls les deux chevaux islandais, Narva et Nanok, restèrent dehors. Soré tenta bien de les enfermer dans l'étable, mais deux fois de suite ils démolirent la porte à coups de sabots pour sortir, et elle abandonna. Tant que le vent souffla, ils restèrent patiemment à attendre qu'il se calme, la croupe tournée contre le vent et les têtes poilues pendant presque à ras de la neige. Mais lorsque le froid s'installa, ils se maintinrent constamment en mouvement. Ils tournaient en grands cercles entre la maison et la plage et raclaient la neige de leurs sabots pour atteindre l'herbe (p.39) »…
Cependant, et sans doute en raison de leurs résonances modernes, ce livre un est vibrant plaidoyer contre les abus de la société occidentale, comme la 'ségrégation culturelle', pour ne pas dire raciale : « ils pensent que notre langue est primitive parce que nous n'avons pas de mots pour exprimer ce qui appartient à leur monde. Pour pouvoir nous expliquer, nous empruntons à leur langue des mots qui auparavant nous étaient inutiles (p.210) ». Mais cela a de graves répercussions socioéconomiques, comme en témoigne cet échange musclé entre Johanssen le docteur généreux et le pasteur local :
« - Vous pouvez quand même comprendre, docteur, que nous devons tous leur donner le même salaire, dit le pasteur. Ce n'est pas bon pour ces jeunes filles d'avoir trop d'argent entre les mains, cela peut avoir un effet destructeur. Johannes rit et une lueur diabolique passa dans ses petits yeux : - Agathe n'est pas une jeune fille, répondit-il, elle n'a pas de mari, mais plusieurs enfants à sa charge. - C'est possible, avoua le pasteur, mais il s'agit davantage d'une question de principe que de quelques couronnes. S'il l'une a été augmentée, toutes voudront la même chose […] Vous ne comprenez apparemment pas… Johannes l'interrompit : - Je comprends que vous êtes une bande de couillons radins, qui ne veulent pas donner aux autres le salaire qu'ils méritent. Vous ornez vos petites âmes mesquines d'épiciers de décorations que vous fabriquez vous-mêmes (pp.186-187) »
Le roman est empli du terrible souvenir disjoint d'un viol et d'une violence conjugale, cette dernière due à l'emprise excessive d'alcool. Karale, le pourvoyeur ( mari ) de la mère de Soré, était un homme bon que l'alcool corrompait et rendait méconnaissable : « Karale se leva. Il se posa devant elle, silencieux et menaçant. Elle ne leva pas le regard, elle n'osait pas rencontrer ses yeux. Mais elle vit le pied qu'il balança contre elle et essaya de se détourner. Sa lourde botte frappa sa hanche droite et il y eut un bruit d'os brisé. Il se pencha et la souleva du sol. Puis il lui frappa le visage de son poing serré. Maria de cria pas, car son cri aurait réveillé Soré. Elle gémit faiblement et essaya de se maintenir debout en s'appuyant sur le bord de la table. Elle savait qu'il cesserait bientôt de la frapper, que cette terrible méchanceté disparaîtrait aussi vite qu'elle avait surgi. Lorsqu'il la lâcha, elle s'écroula par terre. Elle tenta de s'écarter en rampant mais une effroyable douleur à la hanche la transperça. Le cri qu'elle poussa fit flamber la rage de Karale. Il la cogna du pied sur la bouche et l'embout de fer de la botte déchira son visage de la mâchoire inférieure jusqu'à l'œil (pp.24-25) »…
La blessure, profonde, sépara le couple, ainsi que la mère de sa fille, car ses blessures et sa défiguration rendaient impossible la garde de son enfant. Mais son témoignage, des années après, n'en reste pas moins poignant et empli d'une grande humanité : « cela m'a pris bien des années de m'habituer à ma bouche tordue, à ma démarche ridicule et claudicante, qui est due à une hanche écrasée, et encore plus à mon œil aveugle, sans doute ce qui me manque le plus. Mais maintenant je me regarde volontiers dans la glace. Je me suis habituée à mon nouveau visage, car je sais que derrière ce visage, c'est toujours Maria inchangée. Aussi, je vous demande de me regarder comme me regardent les enfants. Avec curiosité et étonnement. Et de ne pas avoir pitié de moi ; car je n'en ai pas besoin (p.142) »… Gilles de ROKHA © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°31 : 01.VIII.04 * * *
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