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Pagination > 450 p.
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Premier roman. Le titre annonce la couleur : Momo, c'est un nom de loubard. Et Momo est rapide sur la gâchette, mais pas dans le sens de la détente : il 'kills'. Il est hanté par le souvenir de Mata qui l'a quitté. Une plume qui n'y va pas par quatre chemins, avec de bonnes réparties. Le titre annonce la couleur : Momo, c'est un nom de loubard. En plus, il tue et lapine ferme : Momo aime les cunni ( = lapin en latin ) et parfois pose des lapins. Jeux de mots à part, Momo n'est pas un tendre : une de ses victimes, qui subit les derniers outrages, n'est pas dupe et le lui dit : « toi, tu as été trahi par une femme pour être si méchant (p.74) ». C'est que le père Momo a un gros chagrin : c'est un rustre, il est fruste et frustré ; en un mot, 'frustre'. Momo est aussi un tombeur : il tue. Mieux vaut se tenir à carreau.
Cela n'empêche pas Momo parfois d'avoir une conscience éclairée et de dénoncer les choux gras de la presse : « ils décrivaient la lente agonie de la jeune fille torturée en toute conscience. Ils se trompaient, ce n'était pas mon cadavre, c'était le leur, celui qui rameuterait leurs lecteurs assoiffés de sang. Il fallait bien qu'ils vendent leurs journaux (p.40) ». Petit passage schizo entre le personnage Momo et l'auteur ? Car ce passage annonce aussi l'agonie de l'adolescente vietnamienne du second roman, Jean-Pôl et la Môme Caoutchouc (2003). Ces contrastes entre violences et dénonciations caractérisent la plume de Franca Maï : des personnages mis à nus et décrits tels quels dans leurs ( mauvaises ) actions. Une plume directe et incisive, sans concessions pour le lecteur. Ames sensibles, s'abstenir.
Mais c'est toujours une femme qui écrit, ce qui suit étant inhabituel chez les auteurs masculins quand ça leur arrache la gueule de le reconnaître : « ouais, nos mecs sont toujours fourrés ensemble, ils auraient mieux fait de se marier ensemble ! C'est dingue, mais moi cette fille, je ne sais même pas ce qu'elle a dans la tête. On parle de bébés, d'enfants, d'écoles, on parle de choses anecdotiques, on remplit le temps par politesse. Et le temps nous file entre les doigts par politesse et nos cheveux deviennent blancs par politesse et on crève de politesse… Quelquefois je voudrais cesser d'être polie […] Le problème, c'est que les hommes rejettent toujours la faute sur la femme, lorsqu'ils ne peuvent pas accomplir leur rêve. T'entends toujours : 'C'est pour mon gosse ou pour ma femme que je fais ça'. Quel beau sacrifice ! Mais y'a des hommes qui achètent leur moto et qui font le tour du monde avec leur petite famille (p.46) » Pas sûr : avec leur minette, sans doute. Rouler avec les moutards n'est pas dans le genre des motards…
Et les hommes ne sont pas très reluisants dans ce roman, pas plus que les femmes d'ailleurs comme le montre ce passage inhabituel cette fois sous une plume féminine : « ouais, je sais, soit tu les prends très jeunes soit tu tapes dans les femmes de quarante ans, c'est là qu'elles sont le plus excitantes. Elles ont fait leur vie, elles savent qu'elles sont sur le déclin, elles n'ont plus rien à perdre ni à prouver. Elles sont bonnes en général. Les femmes de trente ans, c'est la plaie, surtout si elles vivent seules, c'est souvent de grandes névrosées (p.73) »…
Alors, entre l'auteur Franca la douce et l'écrivain Franca qui y va franco, mai creduto qui l'eût cru, se profile Mata ( l'ex de Momo ) au cœur doublement généreux, envers sa fille comme toute bonne femme, et envers son mec comme toute bonne mordue… Elle pardonne souvent, mais il y a des limites : « je peux tout comprendre car je t'aime profond. Arrête de me mentir, arrête de me manipuler… Arrête de penser que je suis dupe… Et on aura une chance d'être complices pour le meilleur et le pire. Mais cesse les mensonges, ils me tuent, et cesse de te mentir à toi-même, ça te tue aussi. Ça nous met KO grave. Et puis c'est la dernière fois que tu me frappes. La prochaine fois, je me barre… C'est une promesse que j'ai faite à Buni, et ma fille tu vois, je ne veux pas qu'elle s'habitue au mensonge, je ne veux pas qu'elle finisse dans un mirage (p.86) ». Ça, on peut pas dire qu'on se berce d'illusions… Romain SALGARI © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°4 : 16.VII.04 * * *
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