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 | STUDART Heloneida | | Le Cantique de Meméia | | Titre original : O pardal é um passaro azul | [14] Allusifs (Les)
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176 pages - 14 € ISBN 10: 2-922868-31-1
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Publiée en 1975, voici l'histoire d'une famille du nordeste brésilien, telle que vue et relatée par Marina. Bien conçue et bien écrite, ses thèmes et son déroulement annoncent, en presque tous points, un roman plus récent et plus abouti de l'écrivain : Huit Cahiers… Ayant d'abord lu Les Huit Cahiers (2000), on ne peut que constater que ce dernier est le cru bonifié vingt-cinq ans durant, et différent, du présent roman… Démonstration, la preuve par neuf :
1. l'intrigue est située dans le nordeste brésilien, dans une famille bourgeoise consciente de sa condition au-dessus du peuple ; les pauvres sont généralement perdants : « car la chance ne sourit jamais aux gens faibles, et je suis faible (p.101) » ; il y a de brèves allusions à l'abolition de l'esclavage et à la lutte pour l'égalité des droits, avec mention de quelques noms ayant œuvré en ce sens ; 2. les personnages sont essentiellement féminins, et partagent entre eux de proches liens de parenté, et ce sur trois générations ; existence d'une patriarche, une grand-mère dans les deux romans, femme austère ayant la haute main sur la maisonnée ; 3. ces femmes entre elles entretiennent des liens contrastés, soit réellement fraternel entre la protagoniste et sa petite sœur, soit plus souvent ambiguës ou retorses, jusqu'à la trahison : « les gens disaient qu'elle avait dénoncé sa sœur Guiomar par scrupule. Je pense que ce fut plutôt le choc de voir la nudité splendide de l'autre, la douleur de comparer ces seins parfaits avec sa poitrine plate, ces cuisses admirables avec ses jambes comme des allumettes, qui la poussèrent à la délation (p.13) » ; 4. poids de la religion, et la réserve féminine aux avances masculines est de rigueur, au point que l'éducation des filles a travesti les amours sexuelles sous le sceau de l'opprobre : « Marina, l'amour n'a rien à voir avec ce qu'on nous a dit. La famille nous a toujours trompées et les bonnes sœurs nous ont bourré le crâne de mensonges (p.82) » ; 5. les licences amoureuses sont donc interdites en dehors du cadre du mariage, chrétien cela va de soi : « et prend garde à ne pas trop écarter les jambes. Tu connais la loi des Carvaihais Medeiros : une femme est mariée, vierge ou veuve. Rien d'autre (p.82) » ; ' fauter' est ainsi puni de couvent, seule exutoire honorable pour la famille autant que pour la 'fille perdue' : « celle-là est aimée de ses parents. S'ils avaient vraiment voulu la punir, ils l'auraient abandonnée et elle serait devenue une femme facile (pp.130-131) » ; dans le même esprit, le séducteur doit épouser ou fuir pour éviter d'être occis ; 6. dans ce contexte, la narratrice est une forte tête : elle a plus de latitude que ses sœurs et porte un autre regard sur les siens et sur son monde ; son prénom Marina rappelle ceux de Maria et Mariana, les protagonistes de Huit Cahiers ;
7. naturellement, dans une famille comptant autant de femmes, certaines aiment et s'abandonnent : une tante en a été punie et internée en couvent : « notre autre grand-tante, Cecilia, fut internée pour expier un éché qu'elle avait omis de confesser avant sa première communion (p.9) » ; c'est aussi la petite sœur Delva (Melba dans Huits Cahiers ) qui connaît l'amour et qui, encore, s'en ouvre à sa sœur aînée : « elle ne put plus se contenir et un torrent chaud de sensualité et de confidences lui sortit du cœur, ce qui était jusque-là défendu. Elle me raconta tout. De sa gracieuse petite bouche s'échappait une haleine lubrique. Tandis qu'elle parlait, elle touchait sans s'en apercevoir ses seins, palpait sa gorge. Je sus alors que le Paraguayen ne l'avait pas seulement physiquement possédée, mais il l'avait soumise à toutes sortes de fantaisies sexuelles (p.104-105) » ;
8. comme la Maria de Huits Cahiers, Marina a aimé aussi, longtemps seule et sans que personne ne s'en aperçoive : « je gardai le silence. L'amour me promettait seulement une interminable souffrance et une angoisse infinie - je ne pouvais partager ces sentiments avec personne (p.82) » ; cet homme aimé était poursuivi : « c'est pour cela que je me sentais si malade, si abattue. João était comme une graine dans la pulpe d'un fruit, il était profondément introduit dans la vie de mon corps. A mesure qu'il s'affaiblissait, je dépérissais. Ils étaient en train de tuer João, ils me tuaient aussi (p.143) » ; et comme lui, elle n'était pas libre de tous ses mouvements : « j'ai toujours été plus prisonnière que lui : c'était moi qui portait ces barreaux partout avec moi, qui étais prisonnière de ma solitude et enfermée dans la cage de mon profond désespoir (p.161) » ;
9. mention au passage d'une nisei ( Brésiliens d'ascendance japonaise qui constituent aujourd'hui la plus grande communauté 'nippone' en dehors du Japon ) : « j'examinai son petit visage et ses mains fines qui tenaient une revue de bandes dessinées. Elle avait cette féminité intense des Asiatiques qui rend les autres femmes si grossières (p.141) ».
C'est, dans le fond, incontestablement la même histoire, même si contée différemment au point d'en faire deux romans distincts, qu'on prendra plaisir à lire, même à la suite. Dans celui-ci, quelques phrases m'ont interpellé pour d'autres raisons :
. « non, Calunguinha, c'est la conscience qui fait souffrir les hommes (p.72) » : truisme littéraire sans doute, c'est aussi une réalité neurophysiologique. La douleur, physique ou psychique, n'est perçue par l'être humain qu'au-delà d'un certain seuil, et plus important, que si elle devient consciente ; en général, certaines souffrances sont infra-liminaires et restent donc insconscientes, constat sur lequel la psychologie, et la psychanalyse en particulier, ont assis leur légitimité ;
. « je savais pourquoi l'odeur d'ammoniaque était de plus en plus forte : les prisonniers urinaient de peur (p.114) », outre illustrer la réalité de la prison dans ces parages, rappelle une réalité que partagent tous les mammifères supérieurs : la peur relâche les sphincters de la miction, observation qui dans ce contexte carcéral devient poignante ;
. « il eut cette secousse si forte qui me tapa violemment le ventre et que j'eus la sensation que des alvéoles de miel se déversaient au fond de mon ventre. Il laissa tomber son visage sur ma poitrine (p.165) » : la métaphore est tendre autant qu'originale… Philippe CESSE © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°14 : 01.XI.05 * * *
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