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Pagination > 450 p.
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Intéressante idée que revisiter une énième fois un des peintres les plus célèbres du XXe siècle sous l'angle de sa relation avec Gala, sa femme, muse et 'manager'. Ce livre souffre cependant d'un manque de réflexion et d'ordonnancement, en plus des erreurs. L'ouvrage se lit comme un roman, dans le bon sens du terme, c'est-à-dire avec intérêt et amusement. Malgré des titres parfois racoleurs comme Triangulisme, Un Château en Espagne ou Dalí Superstar, c'est sans doute une instructive introduction pour qui ne connaît rien du couple Gala-Dalí ni de leurs relations avec les intellectuels qu'ils fréquentèrent, hommes fortunés et surréalistes en particuliers. Autrement, devant la quantité de redites et le manque de rationalisation, il ne fait que paraphraser ce qu'on peut trouver facilement ici ou là, comme le chapitre consacré à Gala dans Les Egéries Russes de Vladimir Fédorovski et Gonzague Saint Bris.
Les Réserves
Le livre aurait pu figurer parmi les petits ouvrages consacrés au génial Dalí n'étaient, comme nous le verrons, quelques graves manquements à la déontologie journalistique. Commençons donc par les points négatifs, pour laisser le meilleur pour la fin : on ne trouve le vrai nom de la principale protagoniste qu'en page 57, et c'est au lecteur de compulser les pages pour trouver ses dates une à une autant que celles de Dalí : Helena Dimitrievna Diakonova (1894-1982) et dans celles du dictionnaire pour celles de Salvador Dalí (1904-1989). Plus ennuyeux, l'auteur se targue de citer en bas de page les ouvrages qu'elle a dû consulter, mais sans jamais citer les pages, ce qui rend l'exercice parfaitement inutile et ne sert que de poudre aux yeux pour qui n'est pas rompu aux bases du journalisme professionnel ou du moindre travail universitaire. Et si cela ne suffisait pas, l'auteur persiste à citer les titres en entier et à donner du « op. cit », qui en principe ne doit être utilisé qu'après le nom des auteurs pour justement ne pas avoir à reprendre le titre ( mais que fait l'éditeur ? ). Enfin, passons.
Suivent ensuite quantité d'informations intéressantes, mais disséminées ou répétées et qui auraient manifestement gagnées à être systématisées. Par exemple, les liens entre Federico García Lorca et Dalí sont assez bien décrits, mais manquent de cohérence : ainsi quand l'auteur cite Dalí : « Lorca était pédéraste, comme on sait, et follement amoureux de moi. Il a essayé par deux fois de m'… cela me gênait beaucoup, car moi, je n'étais pas pédéraste et ne tenais pas à céder (p.25) », comment concilie-t-elle cela avec son « Edouard James et Dalí deviennent amants (p.145) » ? Pire, quand elle dit « jusque-là, Ana Maria a eu son frère tout à elle et le privilège d'être sa muse, son modèle féminin de prédilection ( on parle même entre eux de rapports incestueux ) (p.52) », la précision tient plus de paparazzi de bas étage et, en l'absence de corroboration par d'autres sources, tient plus du ragot ( ou de l'infamie ? ) que de l'information.
Pour ne pas trop charger la barque, contentons-nous de terminer par quelques grossières erreurs : « les Testitulas (sortes de cafés littéraires) (p.48) » s'appellent en Espagne Tertulias et non « Testitulas », et sont suffisamment célèbres pour que l'auteur ou l'éditeur aient pu éviter l'erreur. Enfin, comment ne pas refermer le livre avec une mauvaise impression quand l'auteur, dans les dernières pages du livre, parle de Dalí « aux côtés de Jorge Semprun et de Jorge Pujol, Président d'Espagne (p.285) »… Pour ceux qui l'ignoreraient, il y a là trois erreurs : l'Espagne n'a pas de président, il s'agit de Jordi Pujol ( et non de Jorge ), un Catalan à la tête de la Generalitat de Catalunya de 1980 à 2003, près d'un quart de siècle tout de même à la présidence de la Catalogne ( et non de l'Espagne ). Pour une journaliste au Nouvel Observateur, c'est franchement médiocre : la conséquence d'avoir couru plusieurs lièvres en publiant deux autres titres la même année en 2005 ?
Les Bons Points
Ces graves réserves étant dites, l'ouvrage est agréable et donne ici et là quelques bons aperçus du couple emblématique, lequel n'hésita pas à user de toutes les ficelles pour asseoir leurs célébrité et richesse.
C'est d'autant plus patent que l'auteur a précisé les conditions spartiates de leurs premières années, après que Gala eut quitté Paul Eluard, au grand désespoir de celui-ci. Mais c'est au lecteur d'en recoller les preuves, Dalí : « je décidai, ce soir-là, que je me servirais des deux groupes, les gens du monde pour me soutenir, les arrivistes pour m'ouvrir un chemin prestigieux avec leurs calomnies et leurs gaffes de jaloux (p.71) ». Elle précise plus loin : « le couple ne perd pas de vue sa double ambition, son plan d'action : asseoir la position du peintre auprès des surréalistes et rassembler autour de lui la haute société (p.86) », ou encore « en matière de finances, ni Gala ni Dalí ne font de simagrées. Ils ont tôt compris que la fortune était une force : si l'on veut éviter toute concession à l'argent, il faut en posséder soi-même. Cette idée est parfaitement digérée, ce principe complètement assumé (p.172) ». Voilà qui eût pu faire l'objet d'un bon chapitre d'analyse et synthèse, qui eût conféré au livre quelque valeur ajoutée à la bibliographie déjà nombreuse sur Dali.
Dans la même veine, le jeu que joue Dalí avec les Surréalistes, André Breton en particulier, est savoureusement rendu : « son stratagème consistait à quitter subitement une réunion prétextant un dîner mondain de première importance et inversement. Ainsi démontrait-il aux uns et aux autres qu'il était le seul admis dans les deux cercles : 'Le snobisme, c'est la frénésie d'être constamment en vue dans tous les milieux les plus accessibles' (p.133) ». Mais celui-ci, mariée à une autre Russe (Elsa Triolet), n'a ni son panache ni sa liberté d'esprit, tout chef de file surréaliste qu'il soit : en voulant faire le procès de Dalí et l'exclure du mouvement au motif de ses libertés scatologiques, le célèbre Catalan le tance vertement devant ses coreligionnaires : « je suis un vrai surréaliste, qu'aucune censure et qu'aucune logique ne peuvent arrêter. Ni la morale, ni la peur, ni les cataclysmes ne peuvent me dicter leurs lois. Un surréaliste se doit d'être conséquent avec lui-même. Les tabous seront renversés, ou une liste de ceux qui devront être observés sera dressée. Ainsi, nous laisserons le soin à Breton d'annoncer que le royaume surréaliste n'est autre qu'un petit enclos bon à parquer les petits criminels assermentés par la brigade des mœurs ou le parti communiste (p.112) »…
Enfin, le livre s'étend assez longuement sur leur vie privée à tous les deux, en particulier sur leurs escapades. C'est ainsi qu'on apprend cette remarque de Lou Ernst, au sujet de Gala qui lui a ravi son compagnon non moins célèbre : « cette femme russe, cette créature glissante, scintillante, aux cheveux noirs tombants, aux yeux noirs vaguement orientaux et lumineux, aux petits os délicats, qui, n'ayant pas réussi à entraîner son mari dans une affaire avec moi afin de s'approprier Max, décida finalement de garder les deux hommes, avec l'amoureux consentement d'Eluard (p.37) », lequel « incorrigible Paul Eluard a poussé sa femme dans les bras du poète André Gaillard (p.43) »… C'est que chez Gala, « rien de l'excite plus que l'intelligence, rien ne la passionne davantage que les arts et leurs créateurs (p.44) ». C'est pourquoi Dalí, qui en est éperdument amoureux malgré ses propres incartades ( Amanda Lear n'est mentionnée qu'une fois ), « Dalí ferme les yeux sur ses aventures extraconjugales. Il ne cherche pas à empêcher Gala de prendre des amants, au contraire, il favorise les rencontres. En dépit des libertés qu'ils s'accordent les uns les autres, il règne au sein du trio un climat de tension et de suspicion exacerbé par les intérêts en jeu (p.146) »… Ne voilà-t-il pas une autre idée de chapitre qui aurait gagné à être écrit ? Inès de ROKHA © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°25 : 15.III.06 * * *
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