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 | JAFFRE Philippe – RIES Philippe | | Le Jour où la France a fait faillite | | | [26] Grasset
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367 pages - 20,90 € ISBN 10: 2-246-71121-5
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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2012, chronique d’un désastre annoncé : la charge de la dette publique cause la faillite de l’Etat. Ce scénario, remarquablement romancé d’après le consensus des économistes, montre les grands rouages financiers et une excellente connaissance des principaux acteurs politiques. Philippe Jaffré, président d’Elf-Aquitaine de 1993 à 1999, connaît bien les institutions internationales, les principes régissant les marchés mondiaux, les finances de la France et l’étroitesse des politiques hexagonaux. On retrouve ainsi mis en scène les ténors actuels : Nicolas Sarkozy, Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius, Gérard Longuet, Patrick Devedjian, Philippe de Villiers, Michel Pébereau, Pascal Lamy, etc. A l’international, Angela Merckel est encore en poste, sans parler du rôle des présidents des banques centrales européenne, américaine et chinoise, car en 2012 la Chine est un partenaire économique incontournable. Le livre repose sur les études et conclusions des Rapport Pébereau, Rapport Camdessus et quantités d’autres documents que l’internaute pourra consulter sur le site officiel du livre qui dispose d’un intéressant forum avec les auteurs. L’inspecteur des finances Jaffré s’est ici associé au journaliste Philippe Riès, lequel a sans doute assuré l’essentiel du rendu écrit : le style, sans révolutionner la littérature, est clair, concis et sans longueurs : ce duo a vraiment fait du bon travail de vulgarisation. L’exposé est cohérent avec la rationalité économique, les auteurs épousant entièrement l’actuel modèle de civilisation : à aucun moment ils ne s’interrogent par exemple sur le bien fondé d’une intégration économique mondiale et d’une bonne gouvernance mesurée sur chiffres, toutes deux louées mais sans un mot pour ce qui nous fait si humain…
Publié en octobre 2006, c’est donc un bon ouvrage ( enfin ! ) sur le débat politique, certes atypique, qui devrait s’engager pour les élections présidentielles de 2007. Les auteurs donnent leurs pronostics : élection à l’arraché de Ségolène Royal, avec DSK en premier ministre et une très forte représentation d’écologistes dans la nouvelle majorité. Les auteurs, dont les sympathies politiques sont connues, dressent progressivement un portrait flatteur de Nicolas Sarkozy, décrit comme un homme volontaire et courageux, mais candidat malheureux aux élections de 2007. Certes, si l’homme s’est assagi et a pris des galons comme homme d’Etat, ce livre n’est pas moins un clair manifeste pour sa candidature, qui condamne les atermoiements passés du PS comme du RPR/UMP : « en quarante années de vie politique, Chirac, avait, soit fait perdre son camp, soit fait perdre son pays (p.50) »… Les historiens ont déjà arrêté que la double présidence de Jacques Chirac, président sans envergure, n’a rien de bien glorieux à son actif.
2012 : Chronique d’une Mort annoncée
Mais la base électorale du tandem PS/Verts étant fortement composée de fonctionnaires et des franges de la population bénéficiant le plus des largesses de l’Etat providence, les auteurs prévoient que pareil gouvernement ne peut politiquement prendre les mesures indispensables aux dérives structurelles des finances publiques. D’où défaite de Ségolène Royal en 2012, face à Nicolas Sarkozy qui aura à gérer un désastre sans précédents : près de dix fois la crise argentine du début des années 2000 ! Entre-temps, l’Etat aura continué à financer ses déficits successifs en émettant des bons du trésor sur les marchés internationaux. Mais les recettes ne suivront plus : de plus en plus absorbées par un service de la dette en hausse, elles seront obérées en outre par une nouvelle règle d’incorporation du montant des retraites de fonctionnaires dans le périmètre de calcul des dépenses. Enfin, cerise sur le gâteau, l’agence de notation Standard & Poor’s découvrira comment l’Etat français, très conscient du problème, a ni plus ni moins que maquillé ses comptes, entre autres par « des techniques sophistiquées de ‘toilettage’ des bilans publics : titrisation de futures recettes fiscales (p.57) »…
En 2012 du coup, lasse de voir ses avertissements ignorés, Standard & Poor’s applique ses règles de notation, et relègue les OAT au rang des junk bonds avec la note BB- ! En termes concrets, la France ne peut plus emprunter sur les marchés, en partie parce que les banques et les fonds de pension n’ont pas le droit d’acheter des titres notés aussi bas. Le monde entier se défait alors des OAT françaises, et c’est le cercle vicieux : si les banques françaises se sont désengagées des OAT, il n’en va pas de même de l’épargne populaire, qu’elle a justement placé en OAT ! La panique gagne alors les Français qui veulent retirer leurs avoirs, or les banques reposant sur une logique de flux et prêtant considérablement plus que leurs fonds propres ( de l’ordre de dix fois ), ne peuvent pas honorer ces retraits. Plus grave encore, elles cessent d’assurer leur rôle capital de prêts aux PME, indispensables à la bonne marche de l’économie. La crise systémique s’installe : impossibilité pour l’Etat de payer les salaires de ses fonctionnaires, plus de remboursements de prestations sociales, imposition d’un plan d’ajustement structurel sous égide commune BCE/FMI, privatisation de toutes les entreprises publiques non essentielles à l’Etat, etc. Scénario catastrophe ? Peut-être, mais cependant plausible. Et réaliste.
Le Coupable : la Politique de l’Autruche
Ce roman est donc le récit de la gestion de cette crise, qui débute en juillet 2012, à la veille de l’annonce de Standard & Poor’s. La Ministre des Finances, Valérie Pecresse, résume la situation : « voilà, monsieur le Président, madame la Première ministre, je vous ai résumé notre situation financière. Si je peux me permettre de vous donner ma vision personnelle, je pense qu’il ne faut pas chercher midi à quatorze heures. Raisonnons politique. Même si j’obtiens un soutien en trésorerie immédiat à Berlin, nous savons bien que les fonctionnaires et les retraités seront les premières victimes de la crise du Trésor et qu’il leur faudra consentir beaucoup de sacrifices. Je pense donc qu’il faut immédiatement créer un choc, leur faire prendre conscience de l’ampleur de la crise plutôt que d’essayer de gagner du temps. Par la suite, nous n’échapperons pas à des moratoires, à des rattrapages partiels avec paiements échelonnés, une fois que nous aurons une perception plus claire de la situation à moyen terme. Tout cela se négociera. Mais nous ne pouvons plus ruser. Jouons carte sur table. L’Etat français est en faillite (pp.168-169) ». Les chapitres égrènent ainsi les va-et-vient entre Paris et Berlin, les conversations entre cabinets : on s’y croirait.
Alors, la question s’impose : « pourquoi un pays riche comme la France a-t-il été incapable de mettre de l’ordre dans ses affaires publiques, dans son budget ? Ce n’est pas un problème économique. D’autres l’ont fait depuis longtemps, et sans disposer de nos atouts naturels. J’ai toujours pensé que le mal était plus profond, ‘sociétal’ pour parler comme à Saint-Germain-des-Prés. Nous n’avons pas réussi à forger un consensus national sur la réforme, ou alors c’était un consensus négatif. Aucun pays n’est à ce point dominé par les corporatismes en tout genre. La fuite en avant dans l’endettement a été notre réponse collective, en espérant que les problèmes se résoudraient comme par enchantement. Et en accusant la ‘mondialisation libérale’, comme disaient à l’unisson Chirac et Bové, d’être la source de nos difficultés. Un douloureux réveil s’annonce (p.110) ». Car c’est un fait : « les pays européens qui avaient su se réformer en douceur, sinon dans la douleur, avaient en général des organisations syndicales peu nombreuses, représentatives et responsables. Rien de tel en France. Dans le maquis de ce pays, avec toujours plus de syndicats rassemblant toujours moins de syndiqués, la prime allait à la surenchère des minorités activistes (p.220) ». Et naturellement, les milieux financiers partagent ce « consensus sur le fait que de trop nombreuses rigidités économiques et sociales brident le potentiel de croissance de la France et y découragent le travail. Sans engager les profondes structures déjà accomplies ailleurs, la France n’a aucune chance de rejoindre le peloton européen et de remettre de l’ordre dans les finances publiques (p.196) ».
Traitement de choc
Pour ne pas plonger dans le marasme, l’Etat doit trouver dans les plus brefs délais une bonne centaine de milliards d’euros. Il lui reste un atout : recourir à l’Europe, et donc aux Etats-Unis et à la Chine. En effet, leurs économies étant intimement liées, une crise systémique ne peut que les en affecter par ricochet : chacun œuvrera donc pour éviter l’installation d’une logique économique irrationnelle. Mais pas à n’importe quel prix, et le Ministre des Finances allemand le signifie à son homologue français : « ‘les besoins que tu m’annonces sont énormes, cent à cent cinquante milliards d’euros ! Si elle décide de vous venir en aide, la Chancelière devra faire avaler à sa majorité et à notre opinion publique que nous volons au secours des Français qui ont bouffé la grenouille, alors que nous avons remis de l’ordre dans nos finances publiques au prix de pénibles efforts. Politiquement, c’est risqué. Tu sais que nous avons des élections générales dans un an’. Valérie Pecresse n’est pas vraiment surprise par la réaction allemande. Ce n’est pas agréable à entendre, mais c’est la stricte vérité. Presque tous les pays européens, en tous cas les plus grands, ont été confrontés dans les années 2000 à un déséquilibre structurel de leurs finances publiques et donc à une dérive de leur dette. La Commission européenne n’arrêtait pas de lancer des procédures en déficit excessif, même si la réforme du pacte de stabilité les avait rendues largement symboliques. Et tous ces pays avaient pris les mesures nécessaires : réorganisation de la fonction publique, allongement de la durée du travail, sauf dans les métiers très pénibles, report à 65, parfois même à 67 ans, de l’âge de départ de la retraite, réforme en profondeur du marché du travail pour lui donner la souplesse nécessaire dans une économie en mutation rapide, investissements massifs dans l’éducation et la formation permanente, etc. Tous, sauf la France (pp.118-119) »…
Que l’on songe en effet rien qu’aux levers de bouclier contre ces projets de ‘réformettes’ qui coûtèrent leur poste aux socialistes Christian Sautter ou Claude Allègre. Pire, bien que le livre n’en parle pas, pourquoi les cheminots conserveraient-ils une retraite à 50 ans alors que conduire les TGV automatisés n’a plus rien des dures conditions de labeur des locos vapeur d’antan ? Pourquoi la France garde-t-elle une organisation territoriale pléthorique de 36.000 communes, alors que l’Allemagne dont la population est d’un tiers supérieure en a presque dix fois moins, et qui plus est sans le morcellement régional franco-français des départements ? Est-il normal aussi que dans un pays supposément civilisé, les camionneurs et autres adeptes du chantage public extorquent librement des ‘acquis sociaux’ pas plus égalitaires qu’il ne sont fraternels ? Enfin, la pyramide des âges s’inversant en faveur du papy-boom, comment l’opinion peut-elle rester pathétiquement amorphe devant l’incohérence qu’une population active, de moins en moins représentatif, finance à elle seule des retraites par répartition à un troisième âge sans cesse allongé et de plus en plus important relativement à la population ?
La suite du roman explique selon quels mécanismes et conditions, dans son propre intérêt, le monde entier volera au secours de la France. A commencer par le Président de la Fed qui, naturellement, peste contre l’imprévision des Français toujours premiers à donner des leçons aux autres : « la Banque du Japon avait été payée pour savoir qu’un malaise bancaire peut mettre sur le flanc l’économie la plus robuste. En raccrochant son téléphone, le président de la Réserve fédérale n’en avait pas moins pesté contre les Français. ‘Foutues grenouilles ! Me forcer à faire la danse du ventre pour les sortir du merdier dans lequel ils se sont mis eux-mêmes. Et avec leur arrogance coutumière, ils doivent penser que tout cela leur est dû’. Restait à faire passer la consigne aux banques américaines (p.191) ». Simplement, l’aide internationale est conditionnée, et le livre détaille quelques uns des sacrifices auxquels devront consentir la nation et son industrie : par exemple, Airbus qui passe sous contrôle allemand… François Marchadier © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°30 : 14.XI.06 * * *
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