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 | RUBENFELD Jed | | L’Interprétation des Meurtres | | Titre original : The Interpretation of Murder | [3] Panama
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475 pages - 22 € ISBN 13: 978-2-7557-0192-0
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Histoire originale, située lors du célèbre voyage de 1909 de trois papes de la ‘psychanalyse’ : l’Autrichien Freud, le Suisse Jung et le Hongrois Ferenczi, invités à donner des conférences aux Etats-Unis. Le roman est intéressant dans l’ensemble, mais avec de très sérieux raccourcis. Tandis que l’intrigue met en scène divers membres de la police new-yorkaise pour enquêter sur une série de meurtres, les trois ‘Herr Doktor’ se livrent à divers développements pour expliquer les refoulements et comportements ( œdipien, anal, oral ou autres ) de plusieurs protagonistes, hommes ou femmes. La date, le lieu et le thème pouvaient donc annoncer une histoire riche et profonde. Sigmund Freud, indéniablement figure centrale du récit, est présenté comme un homme affable et bienveillant, n’hésitant pas à donner du ‘mon garçon’ à ses ouailles. On y trouve aussi quelques explications récurrentes, intéressantes et toutes freudiennes, sur l’apparente velléité du personnage de Hamlet et la vraie signification de son célèbre « to be or not to be », qui renforcent les quelques apports intellectuels du roman. L’auteur a eu l’honnêteté de citer en fin d’ouvrage les faits avec lesquels il prit des libertés pour les cadrer avec son roman ( mais pas tous ), et précise comment le personnage de Nora est effectivement inspiré du célèbre cas Dora.
Roman mi-figue mi-raisin
La pertinence des divers profils psychologiques est mitigée, n’en déplaise à la quantité de chroniques dithyrambiques dans la presse, qui montrent surtout un net manque de recul dans le polar autant qu’une méconnaissance de psychanalyse élémentaire, tel le directeur du magazine Lire qui le qualifie de « meilleur polar de l’année » : les a-t-il vraiment tous lus ? fichtre !
Le titre brode sur celui de L’Interprétation des Rêves du Viennois, et sur celui légèrement différent ( du moins en version française ) Sur l’Interprétation des Rêves de Carl Gustav Jung, qui à l’époque décrit par le roman est encore le dauphin de Freud. Les analyses du patriarche Freud sont présentées dans ses rudiments, mais restent superficielles comme tout bon analyste ( c’est le terme, « psychanalyste » est incorrect ) en témoignera. En revanche, les dissonances déjà palpables à l’époque entre Freud et Jung sont bien décrites : cf. le célèbre rêve des deux crânes, l’ouverture de Jung vers les sciences occultes, son refus de réduire l’inconscient à un simple réceptacle de refoulements purement sexuels, son double « phénomène catalytique d’extériorisation » qui atterra Freud ( et le terrasse dans le roman ), ou encore le mutisme du propre Freud au sujet de ses rêves pour conserver son autorité. Or, comme le rapporte le Helvète dans son autobiographie Ma Vie que l’auteur a manifestement lu, c’est justement à trop vouloir garder « l’autorité » aux dépens de la vérité que Freud le déçut, et perdit toute autorité à ses yeux ( p.311 du roman ).
Si le roman se lit bien, et d’une traite en mon cas pour souligner la qualité de la narration, les réserves sont encore nombreuses. Pour commencer, les meurtres ne sont du tout « interprétés », en ce que les motivations données restent simplistes quoique historiquement cohérentes : Jung n’avait pas encore développé son concept d’ombre, lequel força Freud à développer son propre instinct de mort. C’est qu’en 1909 la psychanalyse en était encore à ses débuts, et en butte à des attaques multiples de la part de pans entiers de la société, comme cela est bien rendu du reste. Mais le lecteur comme l’amateur de psychologie des profondeurs ne trouvera pas d’interprétation des meurtres digne de ce nom, d’autant que le bandeau un rien racoleur « Freud mène l’enquête » induit en erreur : Freud ne mène aucune enquête. Le roman manque donc son but, à la fois situé trop tôt dans le temps et donnant trop volontiers dans les clichés.
Par exemple, Sándor Ferenczi, pourtant auteur des admirables Thalassa et Journal Clinique ( entre autres ), n’a qu’un rôle minime et subalterne, celui de valet de Freud. Rien non plus n’est dit sur la défection d’un autre disciple de Freud, Alfred Adler, dont le concept de Volonté de Puissance emprunté à Nietzsche aurait eu de quoi alimenter l’interprétation des meurtres décrits ici. L’auteur, clairement d’obédience Freudienne, a cependant eu le mérite de décrire la personnalité indépendante de Jung ( contrastant singulièrement avec celle de Ferenczi, quitte à le rendre distant et un tantinet antipathique ) en rappelant certains de ses arguments qui aboutirent en 1913 à la rupture entre les deux hommes. L’auteur fait dire à Freud que la perte de Jung était irremplaçable car nul parmi les freudiens ne l’égalait ( probablement, en effet ). Mais ce faisant, il n’a pas pu ou su s’empêcher d’insister sur des opinions secondaires et sulfureuses à l’encontre du Suisse, pourtant démenties par tous ceux qui l’ont connu : ainsi de son soi disant antisémitisme, de son soi disant donjuanisme invétéré ( certes, il eut des aventures ), de sa soi disant insistance à descendre de Goethe ( qu’il n’a décrit que comme une rumeur plaisante ) ou encore de sa trahison envers Freud. Jung a toujours rendu hommage aux découvertes de Freud, tout en précisant ensuite, poliment et de manière argumentée, les points où il était en désaccord ou qu’il considérait comme dogmatiques.
Comme polar, celui-ci est dans la bonne moyenne sans toutefois contribuer au genre : l’idée du négatif doublement inversé par exemple est éculé. A l’inverse, la narration du meurtre par dépressurisation est un moment d’anthologie, et la description du New York de l’époque semble avoir fait l’objet de vraies recherches : les connaisseurs jugeront. Le livre joue néanmoins sur un vernis d’historicité saupoudré de noms célèbres, du tape-à-l’œil qui balaie d’importantes réalités sous-jacentes : comme le Da Vinci Code, cela devrait suffire à plaire au public peu soucieux de l’exactitude, et du rendez-vous littéraire manqué que ce roman aurait pu, et dû être. Erika Björnsson © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°35 : 10.X.07 * * *
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