|
|
 | TABORSKA Agnieszka – KIMBALL Selena | | La vie songeuse de Leonora de La Cruz | | Titre original : Senny żywot Leonory de la Cruz | [15] Interférences
| |
124 pages - 33 € ISBN 13: 2-909589-15-3
| |
| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
|
Sainte Leonora de La Cruz a-t-elle existé ? A-t-elle réellement influencé les surréalistes après la découverte de sa Vie par Philippe Soupault chez un libraire boulevard Raspail ? Plongée érudite dans l’univers du surréalisme, accompagnée de magnifiques collages oniriques. Premier ‘grand format’ chez Interférences, ce livre iconographique conserve l’élégance graphique et le façonnage soigné des autres titres de cet éditeur. Il propose une incursion dans l’univers surréaliste à travers un texte inédit en français. Précédé d’une éclairante préface, il décrit la vie de Leonora de La Cruz et son éventuelle influence sur les surréalistes.
Ecrit par la Polonaise Agnieszka Taborska, historienne d’art, traductrice du français et enseignant la littérature française surréaliste aux Etats-Unis, le récit est ponctué de trente-cinq planches en belle page, des collages dans la tradition de ceux de Max Ernst. Enfin, d’intéressantes gloses complètent l’ensemble.
Sainte imaginaire et visionnaire
Leonora, carmélite espagnole ( † 30.XII.1723 ), passa une partie de sa vie à l’état de veille dans sa cellule à Salamanque, et dicta ses visions à une sœur assise près d’elle. « Sainte Leonora, patronne des diabétiques, des ramoneurs, des noyés, des parfumeurs et des fabricants de somnifères, protège de l’eau, du coma, de l’insomnie, du somnambulisme et de la mort pendant le sommeil […] Ses attributs sont une lune, un lit et un flacon de parfum (p.12) ».
Réputée pour ses dons de prédiction, elle fit de nombreux rêves prémonitoires sur la Révolution française dont elle « vit en rêve les épisodes cruciaux (p.18) ». Réveillée par des douleurs vertébrales, elle ne se rendormit plus et vécut le restant de ses jours à corriger les notes prises par la nonne qui lui avait servi de secrétaire.
Ayant inventé le surréalisme avec André Breton et Louis Aragon, Philippe Soupault aurait découvert la Vie de la sainte dans la librairie Ars et Vita ( bd. Raspail, Paris ), dissimulée derrière Les Chants de Maldoror. Leonora aurait fait forte impression et eut une grande influence sur la littérature et le cinéma des surréalistes, qui lui envièrent « son exil total du monde » et « ses dons télépathiques (p.48) ». Son nom serait « un amalgame de celui de Leonora Carrington, à qui le volume est dédicacé, et de celui de l’extraordinaire religieuse mexicaine, poète et philosophe, Sor Juana Inez de la Cruz (1651-1696) ( préface de Georgiana M. M. Colville, p.5 ) ». Collages oniriques & Gloses érudites
Les superbes collages de Selena Kimball, entre surréalisme et art visionnaire, apportent une dimension visuelle au texte en accentuant l’étrangeté des songes de la sainte, avec symboles et thèmes chers aux surréalistes. On peut les contempler indépendamment du texte, comme œuvres à part entière.
Les gloses passionnantes sont autant de développements informatifs sur les thèmes et noms évoqués, qu’une invitation au néophyte à découvrir des pans de l’histoire et de l’univers surréalistes, avec de savoureuses anecdotes. Sélection :
• la pierre calcaire ayant servi à la construction de la basilique du Sacré-Cœur, blanchit au contact du vent : « les surréalistes proposèrent en vain de […] badigeonner [la basilique] en noir et de la transformer en dépôt de tramways (p.85) » ; • célèbre pour son extrême délicatesse, le parfum des violettes faisait pâmer la princesse de Lamballe, confidente de Marie-Antoinette ; • la guillotine fut familièrement qualifiée, entre autres, de « rasoir des peuples » ; • Après l’assassinat de Marat, « sa dépouille [exposée à la vue du public et] arrangée par Jacques-Louis David pour servir de modèle à sa future toile demeura pendant longtemps l’objet d’un pèlerinage ( si longtemps qu’un de ses bras, baisé avec trop de ferveur, fut arraché et dut être remplacé par celui d’un autre cadavre ) (p. 89) » ; • Après le naufrage du Titanic, « les partisans de la théorie du complot soutinrent que derrière le drame se cachaient les francs-maçons qui auraient gravé sur la quille : Ni Dieu, ni Maître (p.91) » ; • Philippe Soupault fut exclu du groupe des surréalistes « pour avoir écrit des romans, fumé des cigarettes anglaises et manqué d’enthousiasme à l’égard du communisme et des séances médiumniques (p.94) » ; • « Au slogan propagé par le Bureau de Recherches surréalistes PARENTS, racontez vos rêves à vos enfants !, les étudiants de mai 68 en ajoutèrent un autre qu’ils griffonnèrent sur les murs de la Sorbonne : On travaille mieux en dormant, formez des comités de rêves (p.96) » ; • Salvador Dali fut « surnommé par Breton Avida Dollars (Avide de Dollars, anagramme de ses nom et prénom) (p. 99) » ; • « Impulsif, opiomane, patient d’établissements psychiatriques, [ Antonin Artaud fut ] convaincu que Hitler avait déclenché la guerre pour le libérer des médecins (p.105) ».
© 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°35 : 09.I.08 * * *
|
|
|