Un double système
La Méso-amérique utilisait deux systèmes de calendrier pour dater les événements de son histoire. Les Aztèques dataient leur codice ( pluriel de codex ) selon ces deux principes.
1. un calendrier solaire de 365 jours repartis en 18 mois de 20 jours avec 5 jours supplémentaires nommés nemontomi, considérés comme une période néfaste où les gens restaient chez eux ;
2. le second calendrier, le tonalpohualli, est un calendrier lunaire de 260 jours, composé de 20 jours consécutifs associés à des numéros ( de 1 à 13 ) revenant cycliquement. Noter que pour qu'un jour et un nombre soient à nouveau associés, un an ( 260 jours ) doit s'écouler. L'association de ces deux composantes permet 260 combinaisons possibles.
Les deux calendriers fonctionnaient en parallèle comme des roues dentées. Les deux calendriers coïncident tous les 52 ans, période correspondant chez les Aztèques à notre concept de siècle. On célèbre alors la Cérémonie du Nouveau Feu, consistant à brûler un faisceau de 52 roseaux pour chaque année du siècle aztèque : on fêtait ainsi le début d'un nouveau siècle. La dernière célébration de cet événement fut en 1507 sous le règne de Moctezuma II.
Le calendrier aztèque et le calendrier chrétien furent synchronisés grâce avec la prise de Tenochtitlán par Cortés, le 13 août 1521, correspondant à l'année 3-calli ( 3-maison ) et au jour 1-serpent. Les années portaient le nom du premier jour, les 20 noms revenant cycliquement. En raison des derniers cinq jours de l'année, seuls quatre jours revenaient comme glyphe d'année : tecpatl ( couteau ), tochtli ( lapin ), acatl ( roseau ), calli ( maison ). Ce sont d'ailleurs ces glyphes que l'on retrouve sur les monuments de Tenochtitlán
La Pierre du Calendrier
La pierre du calendrier n'est pas un calendrier contrairement au nom que lui donnent les Occidentaux. C'est un monument découvert en 1790 à côté du Zócalo ( la grande place de Mexico ) où sont gravés des glyphes calendaires représentant 20 jours. Ce monument d'un diamètre de 3m50 est aujourd'hui une pièce majeure des collections du Musée National d'Anthropo-logie de Mexico.
Sur cette pierre sont représentées certaines idées de temps et espace alors profondément intégrées en Méso-amérique. S'y mêlent de nombreux symboles et motifs lui donnant l'aspect d'un mandala. Le fond est profondément gravé pour créer deux bandes d'ombre séparant l'anneau central de celui à l'extérieur. Le disque est divisé par des axes et des rayons. Le motif central consiste en un motif en croix ( le glyphe 4-mouvement ) avec la face d'une divinité tirant la langue au centre.
Les cinq mondes Aztèques
Quatre glyphes gravés dans quatre rectangles présentent la date de destruction des quatre mondes précédents, les Aztèques croyant qu'ils vivaient dans le cinquième. Le premier monde aurait été détruit en 4-jaguar quand des jaguars mangèrent les Géants qui le peuplaient, le second monde en 4-vent par de gigantesques tornades de vent, le troisième monde en 4-pluie par les pluies diluviennes déchaînées par le dieu de la pluie Tlaloc, et le quatrième monde en 4-Eau par les flots envoyés par la déesse de l'eau Chalchiuhtlicue.
Les Aztèques croyaient que leur monde, cinquième du nom, serait détruit en 4-mouvement par un gigantesque tremblement de terre, d'où la forme du motif central. L'association du dieu central avec le soleil, Tonatiuh, semble alors incohérente et on peut donc lui préférer celle qui y voit le Monstre de la Terre, Tlaltecuhtli, associé à la terre et donc au tremblement de terre.
Les jours
L'anneau suivant contient les glyphes des 20 jours du calendrier rituel. Puis, quatre groupes de carrés avec chacun cinq points, le point étant le glyphe représentant ce qui est précieux, la turquoise. Une bande solaire ornée de quatre rayons majeurs et quatre rayons mineurs projetés vers l'anneau extérieur à deux serpents de feu ( ou de turquoise ) entourant la pierre, les queues réunies au-dessus et leur tête face à face sous le motif principal.
De la bouche des deux serpents jaillissent deux têtes de profil avec des mâchoires de squelette. Certains chercheurs identifient ces serpents comme Tezcatlipoca et Quetzalcoatl, dont il existe de nombreuses représentations avec tête d'homme sortant de la gueule du serpent à plumes.
Il y a naturellement d'autres détails de moindre importance disséminés entre ces motifs décrits, mais les interprétations diffèrent encore plus, selon les archéologues. Cela montre à quel point nous sommes loin de comprendre parfaitement la culture mexica et qu'il reste beaucoup de travail pour parvenir à interpréter la symbolique et l'utilité de ce monument. |