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 | GUILLEBON Swann de | | Farang | | | [28] Grasset
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266 pages - 17 € ISBN 10: 2-246-64487-6
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Premier roman. Une rare et excellente surprise : le livre est abouti, et l'histoire louvoie adroitement entre le monde médical, la mafia, et les amoureux de la Thaïlande. Le style, concis et ferme, révèle ici un auteur mûr et perspicace, doté d'une plume sûre et riche, tendre et drôle. Dès les premières pages, on est saisi par la maîtrise et le traitement des personnages, ainsi que par le style, juste et sans délayages. En effet, à nul moment ne se départit-on de cette heureuse première impression, et l'on se laisse très agréablement porter par cette histoire d'amour qu'éprouve Tristan, jeune Français expatrié au Siam, envers une séduisante Thaïlandaise…
Mais apportons d'abord cette précision, qu'on ne trouvera nulle part dans le livre, sur le titre Farang, ou étranger en langue thaïe : ce mot est une corruption de français, ou 'falangcèèt', le thaï n'acceptant guère la prononciation de deux consonnes consécutives. Au court du dernier siècle, l'apocope prit un sens proche du « gaikoku jin ( ou gaijin) » en japonais.
Un mythe erroné
Ceux qui connaissent vraiment la Thaïlande, et Bangkok en particulier, la retrouveront dans les maints détails semés par l'auteur : les traditions gouvernant les relations sociales et professionnelles, les attitude envers l'amour et les farangs, les citations fréquentes des lieux et noms de rues, les croyances bouddhiques dans la réincarnation et le dharma… Ainsi de ce moine prophétique ( les moines sont omniprésents dans les temples de Bangkok et les rues tôt le matin ) qui, voyant à travers la vie de Tristan, après lui donner quelques conseils lui tint à peu près ces propos : « ne prononcez pas un mot, commanda-t-il. Je vous parle aujourd'hui pour que vous vous en souveniez un jour (p.31) »…
En effet, ce roman raconte plusieurs tranches de vies dans ce lointain pays, dont les beautés sont passablement parasitées en Occident par ces mêmes clichés qu'un récent Houellebecq jugea bon de remuer une énième fois. La réputation de la Thaïlande comme paradis sexuel est due à la misère qui frappe encore et surtout les régions périphériques du pays, et que l'armée américaine exploita initialement pour raviver le moral de ses GIs embourbés au Vietnam, relayés depuis par les touristes. D'où cette constatation sur Ney, une jeune femme thaïe : « elle avait arrêté l'école à neuf ans pour améliorer la situation de sa famille et ses illusions s'étaient dissipées au fil des métiers. En conséquence, elle ne se souciait plus de son futur. Sa vie était le résultat de ses naissances passées et, dans l'espoir d'une renaissance favorable, elle s'abstenait de voler, de mentir et de tricher. Quant au reste, elle s'en tenait à son instinct et à l'astrologue au deuxième étage du centre commercial MBK (p.147) ».
Vivre et aimer en Thaïlande
Car Tristan est représentant en matériels médicaux, ce qui l'amène à décrire avec humour les méandres du monde commercial, avec ses rites et rouages, dont on verra l'importance toute asiatique d'entretenir des relations et de respecter la face de ses interlocuteurs. Le hasard veut que son supérieur le flanque d'un acolyte vietnamien et matois, monsieur Thran, efficace à ses heures mais qui le plus souvent se révèle être un paresseux redoutable, jamais à court d'exutoires fantaisistes : son imagination débordante et les conséquences qui en découlent créent des situations cocasses avec de savoureux échanges.
Mais Tristan est aussi et surtout un jeune homme qui ne cache pas son appétit pour la gent féminine : l'amour occupe donc naturellement la place centrale du roman, mais pas seulement. Sa maîtrise de la langue fait qu'il fréquente beaucoup les Thaïs, et le hasard l'amène à côtoyer quelques éléments de la mafia locale, non sans danger. C'est aussi un jeune Français qui sort beaucoup le soir avec ses amis, et qui ne refuse pas de fumer des stupéfiants, pratique pourtant illégale en Thaïlande, surtout en Malaisie dont un comparse rapporte : « j'ai été dénoncé par un chat… A qui peut-on faire confiance ? Le félin avait la manie de s'allonger devant ma porte dès que j'allumais un joint… (p.90) ». On aura en prime quelques détails sur les actions et pratiques de la police thaïe et du monde de la nuit à Bangkok.
C'est donc sur ces toiles de fond, riches et réfléchies, que s'écrit la passion croissante de Tristan pour Joy, qui de son côté sait éprouver sa constance et mettre sa patience à rude épreuve. Dans pareil contexte, on saura gré à l'auteur d'avoir évité le roman de gare, et qui plus est, su décrire mœurs et sentiments avec tact et tendresse… On trouvera ainsi des vérités, trop rares malheureusement dans les romans se déroulant en Asie, comme celles-ci qui avertissent Tristan : « tu oublies combien la réputation d'une fille est fragile (p.77) […] trop de maris sont trompés et le cas est grave quand il s'agit d'un étranger. Tu es donc une menace pour elle et son honneur (p.78) ».
Car si les mœurs changent, les idylles éphémères entre Thaïlandaises et étrangers restent mal vues, et le roman montre l'ampleur des garanties que la sagesse locale peut rechercher et prendre. Enfin, si nous sommes partout sur Terre des êtres humains suivant les mêmes instincts, des codes subtils peuvent varier : « étreindre la main d'une femme thaïlandaise équivalait à l'embrasser (P.118) ». D'où cette réponse : « Ce soir, j'ai accepté de prendre ta main […] tu maîtrises assez ma langue pour ne pas oublier nos coutumes. Ce geste nous engage, alors ne te conduis pas comme un touriste qui découvre le Siam. Je t'ai fait confiance et tu dois en faire autant si tu as les sentiments que tu dis (p.123) »…
Il s'agit donc d'un livre tendre et perspicace, jeune et drôle, et sans longueurs. Une réussite.
Pour ceux qui apprécieraient, signalons avec mêmes qualités, et toujours dans le genre du jeune Français butinant aux lèvres de charmantes Orientales, les deux excellents romans suivants qui se déroulent cette fois au Japon :
- Régis ARNAUD, Tokyo : c'est fini , éditions Valat, Lyon, 1999. - Thomas RAUCAT, l'Honorable Partie de Campagne , Gallimard (1924), repris en Livre de Poche, et aux éditions du Rocher (1982).
Claudio Sepulveda © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°2 : 16.VI.04 * * *
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