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Palerme : une enquête actuelle vue de l'intérieur et menée de main de maître, mots violents pour descriptions crues, enchaînements rapides et cohérents. L'auteur, commissaire à la brigade anti-mafia de Palerme, est aussi romancier : exemple de double casquette réussie… La peur et l'engagement au quotidien
Ce roman écrit à la première personne, décrit précisément le commun d'un policier sicilien : écoutes téléphoniques et retranscriptions, filatures mouvementées à toute heure, paperasseries préalables aux autorisations, administration tatillonne, temps perdu à parlementer avec la hiérarchie qui songe aussi à son avancement, « parce que la vérité investigatrice et la vérité procédurale ne coïncident pas toujours, si absurde que cela paraisse. Et il ne suffit pas que l'enquêteur ait la certitude de la culpabilité, ce qui compte, c'est ce qu'il réussit à démontrer au procès. C'est pourquoi le rapport de synthèse de la police judiciaire est le moment de vérité, c'est pourquoi il faut le faire de manière que ça rende, comme on dit. Que toutes les pièces du puzzle coïncident et se transforment en preuves devant le juge à l'audience (p.130) »…
Etre policier anti-mafia est une vocation, presque sacerdotale pour Salvo, l'inspecteur du roman, quel qu'en soit le prix : « je ne sais pas quelle odeur et quelle couleur a la peur. Je ne sais pas, peut-être qu'elle est incolore et inodore, peut-être même sans saveur, à part une légère senteur de rouille et de sang. Ce que je sais, c'est que la peur est froide. Glacée. Comme la mort. Une mort gelée. Qui extermine à coups de faux transparente la lucidité et la conscience (p.85) ». Et il sait de quoi il parle, lui qui a été soufflé hors de son appartement par le souffle de l'explosion d'une conduite de gaz piégée en bas de chez lui ? visant à éliminer un juge antimafia.
Au quotidien, il fait tout son possible pour faire avancer les enquêtes, au dépens de sa vie privée comme de sa santé : « ce n'est pas que je sois Don Quichotte, ou que de moi dépende que tout aille bien, hélas ! Moi, je peux seulement faire mon devoir, avec honnêteté, avec passion et esprit de sacrifice. Et j'apporte ma très petite pierre au mur de la légalité et de la démocratie. Voilà tout, rien de plus rien de moins. (p.89) »…
Un Témoignage réaliste Comme Salvo dans la déflagration, on est sonné par ses phrases martelées et percutantes : « j'avais regardé alentour. Et j'avais vu du feu et des flammes et de la fumée et des corps qui se roulaient dans la rue et je les avais entends hurler et vus courir comme des torches humaines, les bras levés au ciel et les cheveux en flammes. J'avais déplacé mon regard vers la droite à la hauteur de la balustrade qui pendouillait, informe et je l'ai vu. Je l'ai vu. C'était un corps. De femme, mais ça, je l'ai su après (p.11) »… Mais quand ses collègues l'interrogent en le soupçonnant d'être un poseur de bombe pour être sorti le pistolet à la main, il ne se souvient plus de rien, si ce n'est des morts et blessés jonchant la rue : « ils voulaient savoir, mais je n'avais rien à dire. J'avais juste une nausée affreuse […] et une monstrueuse vibration dans les oreilles. Pendant plusieurs mois, je n'ai pas pu manger de viande grillée (p.14) »…
Le récit est riche en sensations : guerre des gangs, suspicion d'un corbeau au sein de la police, manque de moyens, tristesse à la mort d'un collègue dans l'exercice de ses fonctions, concurrence entre services internes… Mais il y aussi franche camaraderie au point de souder l'équipe jusqu'à la mort, la liesse que déclenche une arrestation, « des dizaines de collègues et de journalistes. Et les télévisions qui, comme des vautours, se sont précipitées sur notre joie mêlée de douleur. Des hyènes qui se précipitent sur nous ou des chacals hérauts de bons sentiments bigots. Il y aura des critiques acerbes contre notre enthousiasme. Il y aura des paroles d'indignation, lourdes d'idiotie. On se serait cru à Mexico, diront-ils. Conneries. (p.235) »…
Au jour le jour, il n'y a pas forcément de gagnant dans la lutte entre Cosa Nostra et la police. Pourtant, lorsqu'un parrain préfère se mettre à table contre remise de peine, c'est quand même une petite victoire. Salvo peut alors étudier le dossier d'un repenti, et se sentir frémir quand quelques lignes révèlent qu'il est considéré comme 'homme dangereux' par ces spécialistes… Cependant, le métier apporte aussi son lot de satisfaction : « nous devrions faire la fête, être heureux, fiers. Ou peut-être que nous le sommes et que notre joie exsude la tristesse comme du sang. Je me sens comme si j'avais gagné aux Jeux Olympiques, mais qu'il n'y ait plus de médailles à distribuer aux athlètes vainqueurs (p.238) »… Norah GUENEAU © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°19 : 01.V.05 * * *
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