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 | YOSHIMURA Akira | | La Guerre des Jours Lointains | | Titre original : Toi Hi no Senso | [31] Actes Sud
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286 pages - 22 € ISBN 10: 2-7427-5162-9
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Japon, 1945 : le jeune officier Kiyohara est recherché par les Alliés pour avoir décapité un pilote de B29, ces héros qui ont tué des dizaines de milliers de civils japonais… Commence une longue fuite, mêlée de rappels historiques et factuels. Un roman historique et intimiste remarquable. Le Fugitif
Pendant la Seconde Guerre mondiale, à Fukuoka au nord-ouest de Kyūshū, Kiyohara Takuya était « responsable de la coordination des informations de la zone aérienne de défense [et] l’officier du quartier général qui avait le plus de connaissances au sujet des B29 (p.53) ». Le 16 juin 1944, les bombardiers B29 commençaient à pilonner le pays. Le 15 août 1945, peu après l’intervention radiophonique de l’empereur qui annonçait la reddition du pays, le colonel de l’armée de l’ouest ordonna l’exécution immédiate de dix-sept prisonniers américains, au cours de laquelle Takuya décapitait un aviateur.
La guerre finie, le Japon vaincu, et les forces alliées occupant le pays, Takuya apprend qu’il est recherché pour crime de guerre : « en prenant conscience de cette menace de mort, Takuya réalisa que sa propre guerre n’était pas encore terminée (p.27) », et comprend qu’il doit fuir « jusqu’à sa mort (p.33) ». Commence alors pour lui une longue errance, se fondant à la population, changeant son nom et son passé, mais la crainte d’être reconnu et la peur de la mort l’obsèdent : « il sentait que la colère intérieure qu’il avait éprouvée à l’égard des largages répétés de bombes incendiaires américaines s’était progressivement atténuée, tandis que la frayeur seule grandissait de jour en jour. La peur qu’il éprouvait à l’idée de la pendaison était l’unique raison de sa fuite (p.179) ».
Rigueur historique et Drame intimiste Yoshimura Akira réussit admirablement à mêler l’Histoire à celle de Takuya, relatées à travers sa vie, ses angoisses et ses observations, sans arrière-plan historique puisque Takuya est un protagoniste malheureux d’un drame national autant que d’une détresse personnelle. Sa rigueur et sa minutie soulignent l’ampleur de la tragédie, avec une humanisation grâce à l’expression des sentiments éprouvés par Takuya.
Dans le chaos de la guerre, tout semble paradoxalement soigneusement ordonné : le rapport des bombardements avec parfois le détail heure par heure de la progression et le nombre des avions américains, les villes et foyers détruits, le nombre de morts et de blessés… Le 6 août 1945, peu après 8h Takuya entend « un curieux bruit, comme si on déchirait du papier, aussitôt suivi d’un choc étrange qui fit vibrer l’air autour de lui […] le bruit était différent d’une bombe qui explose. Il pensa qu’il s’agissait d’un lointain coup de tonnerre (p.81) » : nul au Japon ne sait encore que la première bombe nucléaire venait d’exploser sur Hiroshima…
Horreurs et Paradoxes de la Guerre
Toute guerre charrie son lot d’horreurs : dans ce Japon à feu et à sang, tout n’est plus que ruines et désolation. Les bombes incendiaires aveugles rayent populations et villes entières de la carte, violant ainsi le code de la guerre ; mais qui s’en soucie dans le vacarme des bombardements ?
Devant la force phénoménale du déploiement maritime et aérien des Américains, les attaques suicides du cuirassé Yamato échouent. Et face à ces destructions sans pitié, l’hostilité des villageois grandit et ils n’hésitent plus à capturer et frapper les aviateurs américains… Après la destruction de Fukuoka, ils réclament tous la mort des prisonniers épargnés par les bombardements, à l’abri au quartier général nippon : il y a plus de haine chez eux que chez Takuya.
Avec la défaite, Takuya réalise qu’il n’a plus de travail, or les prix flambent, le marché noir et les vols se développent, et on craint les épidémies de typhus. Les moyens de communications coupés, l’approvisionnement se fait rare et la famine commence… Mais quand les Américains distribuent depuis l’arrière de leurs camions, chewing-gums, chocolats et cigarettes, les gens s’y précipitent : on accepte l’ennemi tant haï quand on manque de tout… Et peu à peu, le monde se focalise sur les condamnations de Japonais, oubliant les milliers de morts et les ravages des villes détruites, comme si la guerre n’était soudainement plus qu’un lointain souvenir…
Etre ou ne pas être Criminel de Guerre
Le livre pose la question, toujours d’actualité : tuer sous les ordres fait-il d’un soldat un criminel, « un ennemi de l’humanité, un détestable monstre de violence (p.150) » ? Takuya n’a fait qu’obéir, il n’éprouve ni colère ni peur devant ce paradoxe qu’il ne comprend pas : « du côté des forces alliées, les soldats qui avaient tué des civils japonais étaient considérés comme des héros, alors que l’on voulait une mort offensante pour eux, les vaincus (p.32) ». C’est toute la question des partis pris, comme aujourd’hui encore malheureusement avec les morts de quelques Occidentaux en Irak ou en Israël, masquant celles de centaines de civils Irakiens et Palestiniens…
Accusés, les responsables d’exécutions nient en avoir donné l’ordre, et rejettent la faute sur leurs subordonnés. Lorsqu’il n’y a plus d’uniforme, de pouvoir et d’autorité, seuls restent des individus isolés avec la peur de mourir, et chacun pour soi pour sauver sa peau.
Rencontre avec un Homme remarquable
Yoshimura Akira a réussi un roman qui tient le lecteur en haleine : le style, précis et direct, sans logorrhée, mentionne chaque détail de la progression de l’histoire. Les descriptions de scènes insoutenables, telles les expérimentations humaines ou les décapitations, ne versent jamais dans des digressions morbides : les faits suffisent à provoquer le malaise. Bref, l’auteur ‘n’en rajoute pas’.
Toujours impartial et factuel, il n’accuse ni ne défend quiconque, et renvoie à notre propre questionnement : qu’aurions-nous fait à la place de Takuya ? Il livre les interrogations d’un homme isolé qui veut échapper à son destin, conscient pourtant de ses actes : « jusqu’au bout il resterait un homme ayant décapité un soldat américain (p.279) ».
La Traduction
On peut donc saluer le travail de Rose-Marie Makino-Fayolle, l’excellente traductrice de Yoko Ogawa, dont les notes linguistiques, historiques et géographiques si nécessaires à la compréhension de l’histoire ont instructivement clarifié la lecture. Mais une carte du Japon aurait été la bienvenue pour suivre le périple du jeune Takuya comme le récit historique des bombardements. ArtsLivres © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°8 : 16.IX.04 * * *
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