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Pagination > 450 p.
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Recueil de neuf ‘carnets’ de la littérature de cordel, importante forme littéraire entre le conte et la fable du Nordeste brésilien. La traduction en a respecté la forme versifiée, illustrée par de nombreuses xylogravures. Certains récits sont devenus des classiques, littérairement aboutis. D’entrée, trois choses attirent le regard sur ce joli livre : 1. la prosodie en heptasyllabes, rimés par strophes de six vers, avec parfois un acrostiche à la dernière strophe ; 2. le grand choix de reproduction de xylogravures, en noir ou rouge, faisant de ce livre de contes un ouvrage également dédié aux illustrations par gravures sur bois : voir en particulier la belle suite de 11 xylogravures (pp.104-114) qui précèdent le conte sur Charlemagne ; 3. et la belle facture ( format élégant, couvertures cartonnées, papier de qualité proche du centaure ) : l’ensemble constitue ainsi une belle idée de cadeau, pour jeunes et moins jeunes…
En effet, si le livre se range plutôt avec la littérature de jeunesse, les textes s’adressent à tous les publics. Le côté conte, et même fable dans certains cas, se double souvent d’une seconde lecture à laquelle le public adulte sera sensible. Par exemple, dans le premier extrait ci-dessous, l’allusion aux difficiles conditions socio-politiques de la population du Nordeste, personnifiées par les personnages du Renard et du Jaguar, est à peine voilée ; les quatre premières strophes en précisent d’ailleurs le cadre, avec des relents de paradis perdu…
Les critères retenus par les traductrices sont explicités : forme en strophes, respect général de la ponctuation d’origine, etc. On peut saluer la prouesse d’avoir rendu des vers rimés sans nuire au texte : la parenté des langues y a certainement aidé, mais le mérite est réel. En revanche, la contraction de l’article défini est discutable dans certains cas, comme lorsque existe dans le même vers la possibilité de prononcer une diphtongue en un pied, licence fréquente en poésie. A titre d’illustration, nous donnons ci-après les sept premières strophes des deux textes aboutis, qui comptent 44 et 26 strophes respectivement. Notons qu’après celui sur Charlemagne, suit un second qui brode sur la geste de Roland, Le Prince Roland dans le Lion d’Or ; bien plus long que le précédent, on regrettera que la traduction n’ait rendu que 140 des 180 strophes de l’édition originale. Diverses notes sur les textes, les auteurs et les graveurs complètent l’ouvrage.
Saci et la Bête feuillue au Royaume des Animaux ( auteur : Franklin Maxado Nordestino )
En des temps très reculés Hommes et bêtes parlaient Mais l’homme, étrange animal, Les autres bêtes avale, Leur rend la vie infernale Et dévore même son égal
L’monde était un paradis Qui devint très différent Quand l’homme-animal se mit A penser dangereusement. Il cessa d’être innocent Pour vivre comme à présent
Car gagner et exploiter Sont ses préoccupations La guerre il peut déclarer Poussé par son ambition Il asservit les plus faibles Pour sa seule satisfaction.
En ces temps innocents Où l’homme comprenait vraiment Et la nature et les bêtes Qui alors n’étaient pas muettes S’est déroulée l’histoire Qu’à présent je vous narre
Depuis longtemps le jaguar Voulait manger du renard Mais ce dernier fort rusé Ne s’en laissait pas conter Sachant aussi bien chasser Que tout jaguar chevronné
S’étant maintes fois sauvé Des griffes de maître Jaguar Compère Renard innocent Se promenait l’air insouciant. Il savait l’heure du pire Comment faire pour s’en sortir
Ayant raté tous ses coups Maître Jaguar se résout : - Compère, parions voulez-vous ? Si la sécheresse sévit Dans mes griffes vous serez pris. Renard rétorqua : - Nenni ! (pp.61-62)
La Grande Passion de Charlemagne pour la Princesse à l’Anneau enchanté ( auteur : Severino José )
Le célèbre Charlemagne Bien avant ses quarante ans A connu quatre compagnes Et bien plus assurément Mais sa dernière épousée A su fort bien l’aguicher
Comme l’histoire nous le décrit Quatre femmes il épousa : La première il l’enterra Et la seconde calancha, La troisième était en vie Quand l’empereur était en vie Quand l’empereur la quitta
N’étant pas d’un naturel A vivre seul sans amie, Aux conseillers réunis En maître il fit appel Pour trouver une princesse A qui offrir sa tendresse
C’est d’Orient qu’est venue Une princesse connue Et l’empereur convola Pour la quatrième fois. Il lui offrit son cœur, Ils partagèrent leur ardeur
Pourtant dès qu’elle arriva La jolie princesse usa D’un mystérieux pouvoir : Le roi dès qu’elle s’éloignait Perdait sa lucidité Et exigeait de la voir
La reine avait des yeux Plus noirs que la gazelle Et des cheveux si soyeux Que tous la trouvaient belle. Le roi était envoûté Il oubliait ses sujets
De ce béguin pour sa belle Tout le mond’ se souciait Car le roi enamouré Etait désormais muet. Il ne consacrait son temps Qu’à cet amour si ardent (pp.115-116) Erwan L'HELGOUACH © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°20 : 01.VI.05 * * *
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