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Pagination > 450 p.
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Août 1929 : Pampa Union, bourgade du désert d’Atacama, se prépare à la venue du Président chilien, Carlos Ibanez del Campo. Dans l’effervescence générale des préparatifs, la passion lie la belle Golondrina del Rosario, pianiste romantique à Bello Sandalio, trompettiste noceur. Ayant poussé comme un champignon, Pampa Union et sa sulfureuse réputation attirent par hordes les ouvriers exploités dans les mines environnantes : chaque fin de semaine, ils viennent dilapider leurs maigres paies dans ces lupanars et troquets miteux. Or depuis son premier roman, l’auteur célèbre la vie dans le désert d’Atacama en hommage aux habitants de cette grande région minière du nord du Chili qui jadis fit la fortune de quelques grandes familles, et fut le théâtre de sanglantes répressions au début du XXe siècle et dont Les Fleurs noires de Santa Maria s’est fait un devoir de mémoire. Aussi telle une litanie, ses romans réactualisent-ils les injustices sociales dans ce désert salpêtre où il travailla longtemps comme ouvrier puis comme mineur, avant d’apprendre à lire à vingt ans passés et devenir écrivain.
Au-delà des destins chaotiques, les galéjades des personnages apportent ainsi au récit une touche de tendre espièglerie entre les divers protagonistes, décrits avec une minutie d’orfèvre : haveurs impertinents, ivrognes déguenillés, affairistes crapuleux, vagabonds épicuriens, « prostituées peinturlurées comme des apaches », enfants aux yeux malicieux ; une foule de créatures aussi pittoresques que vraisemblables auxquelles l’auteur s’est adapté en jonglant allégrement avec les registres de langue. Mais le roman ouvre sur une scène de nuit hallucinante : en haute mer, sur une frêle embarcation au bord du naufrage, bêtes et êtres humains s’entassent au milieu de leurs frusques ; à sa femme mourante, affaiblie par la maladie, son époux anéanti lui promet de veiller sur leur fillette de sept ans…
Les années passent : Golondrina ( Hirondelle en espagnol ) est devenue une jeune femme « belle comme un bouton de rose » qui, outre « l’extraordinaire beauté et la blancheur quasi translucide de sa peau, avait hérité de sa mère une sensibilité artistique raffinée (p.39) ». Elle vit à Pampa Union avec son père, Sixto Pastor Alzamora, « un coiffeur de profession et un anarchiste de cœur […] un fou d’anarchiste, un justicier romantique et impénitent (p.107) ». Cet homme au « visage sanguin » taille barbes et cheveux, en vitupérant contre les injustices sociales et la misère omniprésente à Pampa Union, ville sans existence légale et « cible des intrigues des propriétaires de mines de Salpêtre […] antre infernal du vice, centre abject de corruption et pernicieux bordel du désert (p.90) ». Il est arrivé par les toits, tel un mirage nocturne pourchassé par des carabiniers ; elle lui a sauvé la vie et s’est offerte à lui : à presque trente ans, Golondrina del Rosario rencontre enfin l’amour dans les bras de Bello Sandalio, son trompettiste à la chevelure flamboyante et à la « sensualité mercenaire ». Autour des amants gravite une panoplie de personnages secondaires aux manières frustres et mines patibulaires, mais irrésistiblement attachants.
Mirage d’amour avec fanfare, roman d’amour et de révolte, confirme les talents de conteur de l’auteur : le verbe haut mêle tragique et comique à la perfection, artifice pour éponger tout sentimentalisme déplacé. La truculence du style est telle que la narration matérialise les sensations : odorat, ouïe, goût, toucher ou vue, toutes les perceptions s’imposent au lecteur de façon prégnante. Autant dire que ce roman a les saveurs des bons et beaux romans. Les personnages sont émouvants au point de hanter le lecteur longtemps après avoir refermé le livre. C’est sans doute pourquoi l’acteur, écrivain et réalisateur Bernard Giraudeau a annoncé son projet de l’adapter au cinéma. Affaire à suivre.
par Flora Menié ArtsLivres © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°11 : 01.XI.04 * * *
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